Alors que le Blick étale avec délices le rappel des déboires du couple Kopp depuis une semaine, le Parti radical zurichois a choisi précisément ce moment pour se réconcilier avec «sa» conseillère fédérale, Elisabeth Kopp. L'idée est venue du président Ruedi Noser, qui promettait, la mine mystérieuse, «une grande surprise» aux journalistes qui feraient le déplacement à l'assemblée du parti cantonal de samedi dernier (Le Temps du 30 juin). La surprise s'est un peu dégonflée, car la principale intéressée, pour des raisons de santé, n'a pas pu faire le déplacement.

Elisabeth Kopp n'avait pas supporté la rude pression médiatique depuis que l'on avait appris – noir sur blanc dans la Feuille zurichoise des avis officiels – que la luxueuse villa du couple, à Zumikon, allait être mise aux enchères par l'Office des poursuites. L'occasion pour le Blick de revenir sur toutes les étapes marquant l'ascension et la chute de la première conseillère fédérale de l'histoire suisse, y compris un rapport détaillé de ses relations avec son mari, l'avocat entre-temps privé de sa patente, Hans W. Kopp. Le malaise de la dame de Zumikon a privé Ruedi Noser de sa mise en scène, lui qui voulait «tendre la main» à celle qui avait démissionné du parti l'année dernière et lui offrir quatorze roses, symbolisant à la fois les quatorze années passées depuis l'annonce de la démission de la magistrate, et les quatorze années à venir sous le signe d'une plus étroite collaboration.

Pourquoi choisir précisément Elisabeth Kopp, dont la démission a marqué le début du déclin du Parti radical à Zurich, comme figure porteuse avant les élections fédérales de cet automne? Ruedi Noser s'en est expliqué au SonntagsBlick: «Nous devons résoudre des problèmes à court terme, évacuer le ballast de l'histoire et nous positionner avec notre programme. Alors on pourra à nouveau gagner.» Si l'ex-conseillère fédérale accepte de regagner les rangs du parti, elle devrait siéger dans une sorte de conseil de sages, comportant les anciens du parlement fédéral. La réconciliation avec Elisabeth Kopp se place ainsi dans une opération de «digestion du passé», à laquelle aurait aussi dû contribuer l'ancien conseiller d'Etat et président du conseil d'administration de Swissair, Eric Honegger. Celui-ci a toutefois décliné l'invitation du président Noser à venir assister samedi à l'assemblée du parti.

Elisabeth Kopp réintégrant le giron radical; le néophyte politique – mais communicateur achevé – Filippo Leutenegger veillant à durcir le ton sur les assurances sociales: ces signes suffiront-ils au Parti radical pour regagner sa gloire passée? La situation de départ n'est pas des plus roses pour l'ancien grand vieux parti. Certes, UDC et Parti radical, après s'être entre-déchirés lors des élections cantonales zurichoises, ont enterré la hache de guerre. Il y aura une alliance bourgeoise (comprenant également le PDC) pour soutenir les deux candidatures au Conseil des Etats: alors que Hans Hofmann n'aura aucune peine à maintenir son siège pour l'UDC, la nouvelle venue radicale Trix Heberlein, marquée par une image de perdante après s'être fait souffler la présidence du parti national par Christiane Langenberger, aura plus de peine à défendre le siège laissé vacant par Vreni Spoerry. Face à ce duo bourgeois, la gauche et le centre ont éparpillé leurs forces. L'ancien maire socialiste de Zurich, Josef Estermann, a certes les meilleures chances de battre Trix Heberlein, mais, si sa popularité est intacte en ville, il doit à tout prix gagner des voix hors de son parti dans les campagnes du canton. Il aura fort à faire avec le candidat des Verts, Daniel Vischer, syndicaliste bien profilé qui défend les employés de Swiss et de l'ancienne Swissair, et, sur son flanc gauche, avec le représentant de l'Alliance alternative, Niklaus Scherr. Sans compter le centre avec le conseiller national du Parti évangélique, Ruedi Aeschbacher.

Pour le Conseil national également, l'UDC prend peu de risques et serre le Parti radical sur sa large poitrine au risque de l'étouffer. Le rapprochement obéit à une logique arithmétique simple: l'apparentement des listes avec les radicaux vise avant tout à ne pas laisser à la gauche un éventuel dernier siège flottant. Occupant 13 des 34 sièges de la députation zurichoise, l'UDC sera de toute façon en position de force lorsqu'il s'agira de répartir les voix restantes. Le Parti radical, lui, n'est pas même assuré de maintenir ses six sièges si on prend en compte ses résultats jamais tombés si bas aux élections zurichoises d'avril. Dégradé au rôle de partenaire junior du parti de Christoph Blocher, le Parti radical a fort à faire à se tracer une ligne cohérente et lisible pour ses électeurs: il maintient sa position favorable à l'Union européenne, ne renie pas son engagement pour l'assurance maternité, mais rejoint le grand frère en refusant tout recours à la TVA pour assurer les rentes AVS. La bataille électorale ne fait que commencer.