Radiographie d’un monde carcéral sous haute tension

Genève Le canton présente un bilan chiffré et détaille les profils. La détention administrative ne fait pas le plein

Les détenus restent nombreux à Genève et leur profil ne varie pas beaucoup. En grande majorité, ce sont des hommes, jeunes, étrangers, sans titre de séjour et mêlés à des vols ou des affaires de stupéfiants. Pour la première fois, l’état des prisons et l’activité de l’Office cantonal de la détention (OCD) font l’objet d’un bilan. Ce tableau a été dressé lundi en présence du conseiller d’Etat Pierre Maudet et doit servir – mais pas forcément – ses ambitions planificatrices visant à augmenter sensiblement la capacité carcérale.

Champ-Dollon dans le rouge

Premier domaine très sensible, la prison de Champ-Dollon, toujours surpeuplée mais qui respire un peu mieux depuis six mois. En 2014, le nombre de détenus en exécution de peine y était supérieur aux prévenus en attente de jugement. Les principaux motifs d’incarcération sont les vols (en baisse), les infractions à la loi sur les étrangers (en hausse) et les stupéfiants (stables).

Le 30 novembre 2014, 556 des 811 détenus de la prison avaient plusieurs délits à leur actif. Comme par exemple un séjour illégal avec une consommation ou un trafic de drogue. A cette date, il y avait encore trois personnes détenues uniquement pour avoir été des récidivistes du séjour illégal. Les ressortissants des Balkans, de l’Afrique et du Maghreb sont les plus représentés.

Le front des renvois

La détention administrative, autre sujet brûlant, a été utilisée l’an passé par les autorités genevoises compétentes pour placer 443 personnes, dont 399 ont finalement fait l’objet d’un renvoi (90%). Environ 77% de ces détenus administratifs avaient un passé pénal autre qu’une violation de la loi sur les étrangers. Les établissements de Favra et Frambois offrent 40 places pour ces candidats au renvoi adressés par Genève, Vaud ou Neuchâtel. A teneur de graphiques, aucun des deux centres n’affiche complet ou rarement. L’affectation prévue des 168 place de La Brenaz à cette forme de détention est-elle dès lors bien raisonnable? Pierre Maudet répond en s’en remettant aux projections de la Confédération qui estimait les besoins à environ 250 places pour les cantons du concordat latin.

La dangerosité scrutée

Au chapitre des grands risques, sujet incontournable depuis le drame de La Pâquerette, la commission d’évaluation de la dangerosité a vu le nombre de ses dossiers plus que tripler en un an. La majorité concerne des demandes de libération conditionnelle. Sur 119 préavis émis en 2014, 76 ont été positifs.

Pierre Maudet, lui-même chargé d’examiner les allégements de peine pour détenus dangereux, a rendu 57 décisions favorables sur un total de 81 dossiers. Dix décisions négatives ont fait l’objet de recours, dont trois ont abouti. Cette compétence, comme le magistrat l’avait déjà dit dans nos colonnes, il l’assume mais n’y tient pas. Un projet de loi destiné à sortir l’examen de la dangerosité du champ politique sera déposé tout prochainement. De quoi nourrir encore un vif débat.