Il n’y en a plus que quatre: le Rafale de Dassault, l’Eurofighter d’Airbus, le Super Hornet de Boeing et le F-35A de Lockheed-Martin. Depuis l’approbation populaire d’un budget de 6 milliards destiné au renouvellement de la flotte aérienne suisse fin 2020, ce quatuor se livre une guerre (entre lobbyistes) sans merci. A quelques jours du verdict, qui l’emportera?

Du côté françaisLe Rafale, un chasseur enfin exportable

Les avions américains en difficulté

Les différents modèles sur la table sont bien évidemment différents, toutefois dans les airs, les spécialistes sont unanimes: ils «se valent». C’est donc ailleurs que se jouera la décision. Il y a la géopolitique, les alliances, mais aussi la maintenance. A ce dernier chapitre, un modèle traîne quelques casseroles: le F-35A. Extrêmement chers à l’unité (environ 100 millions de dollars par avion), ces bijoux volants sont bardés de technologie – ce qui constitue ironiquement leur principale faiblesse. La presse américaine a révélé que le Pentagone lui-même s’interrogeait sur la fragilité de ses avions, qui sont sujets à de nombreux bugs. Une incertitude qui pourrait s’avérer rédhibitoire au moment de sortir le carnet de chèques.

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Le deuxième américain, le Super Hornet de Boeing, a bien meilleure réputation. Depuis qu’il n’en reste plus que quatre, les spécialistes s’accordent à le dire: c’est un prétendant au titre. Un élément nouveau peut cependant représenter un handicap: les Américains eux-mêmes s’en détournent petit à petit: «Le nouveau plan d’investissement de l’US Navy ne prévoit d’acheter ce modèle que jusqu’en 2024, alors que le précédent avait pour horizon 2040, explique Pascal Kümmerling, expert en aéronautique. Ce qui veut dire moins de développement prévu dans ces avions. Pour les clients, c’est moins intéressant.» Il a cependant pour lui de provenir du même constructeur que le F/A-18. Ce qui pourrait simplifier la transition d’un appareil à l’autre.

Notons encore que pour le Super Hornet, comme pour le F-35A, la provenance pourrait poser problème. La résiliation de l’accord-cadre avec l’Union européenne fin mai parle pour un geste en faveur de nos voisins. L’achat de nouveaux jets, par exemple. Cet ajout dans l’équation joue contre les constructeurs américains, par ailleurs décrits comme avares en termes de partage d’informations avec leurs partenaires. Enfin, rappelons que le Parti socialiste a promis de lancer une initiative pour s’opposer à l’achat d’avions américains – s’ils devaient être choisis. Le Conseil fédéral est prévenu: le choix états-unien suscitera une levée de boucliers.

L’Europe en position dominante

Quid des jets européens? Eu égard aux éléments susmentionnés, Eurofighter et Rafale ont pour premier avantage de ne pas être américains. A l’heure où les rapports entre Berne et Bruxelles sont au plus bas, le premier est un pur produit européen, développé entre l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni. La réputation de son constructeur n’est cependant pas virginale, ce qui pourrait inquiéter les décideurs suisses.

En 2017, l’Autriche (qui possède des Eurofighter) a porté plainte contre Airbus pour fraude et corruption au cours du processus d’acquisition, lui réclamant 1,1 milliard d’euros. Le procès a innocenté le constructeur, qui a tout de même écopé de 81,25 millions d’euros d’amende, le verdict reconnaissant des paiements de plusieurs millions d’euros liés au contrat «à des fins non clarifiées». Autre faiblesse, la répartition des usines de production du jet entre quatre pays rend le processus de commandes de pièces détachées lent et fastidieux. Le temps d’attente représentant évidemment toujours un coût pour les pays qui attendent un produit.

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Enfin, dernier avion en lice: le Rafale. Est-ce l’élu? Le bruit court. Début avril, Armasuisse annonçait avoir choisi SkyView – entreprise française – pour moderniser son système radar. Compatible avec tout constructeur certes, cependant pourquoi ne pas choisir un système américain avant d’acheter des avions américains? «De plus, ajoute Pascal Kümmerling, les Rafale sont les seuls avions qui disposent d’une garantie de développement aussi longue. Dassault a prévu d’investir dans leur modernisation jusqu’en 2060. Et puis la France est un pays voisin, bien sûr, ce qui simplifie les processus. La Suisse a l’habitude de coopérer sur sa frontière commune lors d’exercices binationaux. Le sommet Biden-Poutine en sera le dernier exemple, puisqu’il est surveillé conjointement par les forces aériennes des deux pays.»

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Un bon moyen pour Paris de souligner – encore une fois –, juste avant que le couperet tombe, qu’il a le meilleur dossier à présenter. La décision du Conseil fédéral pourrait intervenir ce vendredi déjà.