Rançon du succès des nouveaux horaires de décembre 2004, les CFF doivent aujourd'hui faire face à une saturation de leurs parkings «Parc & Rail». La situation atteint déjà un seuil critique entre Genève et Lausanne: les gares de Nyon (120 places), Morges (260) et Renens (80) tiennent des listes d'attente pour attribuer des places aux abonnés. A Morges, il faut plus d'un an de patience pour obtenir le droit de laisser sa voiture avant de prendre le train. En parallèle à Rail 2000, l'ancienne régie fédérale travaille donc à la création de 1400 nouvelles places dans une cinquantaine de communes. Au total, les «Parc & Rail» proposent aujourd'hui 11 250 places dans 236 gares.

Mais la pénurie dépasse l'Arc lémanique: la gare de Palézieux doit elle aussi recourir à une liste d'attente pour octroyer ses 150 places. Dans cette localité, les CFF cherchent un moyen de faire passer leur capacité à 230 voitures. Un premier projet devait abattre une ancienne halle pour la remplacer par une cinquantaine de places. Mais sous son air banal, le hangar était classé aux bâtiments historiques: impossible de le détruire. Les CFF se sont donc engagés sur une nouvelle piste, plus ambitieuse: construire un second étage sur le parking existant pour doubler sa capacité. «Nous n'en sommes pas encore au stade du projet, mais de l'étude de faisabilité», prévient toutefois Jean-Louis Scherz, porte-parole des CFF.

Le temps presse pourtant pour la commune vaudoise. «La situation était déjà difficile avant Rail 2000, constate son syndic, Gérald Nidrist. Aujourd'hui, l'augmentation du nombre de trains s'arrêtant à Palézieux s'est accompagnée d'une forte augmentation des pendulaires et donc des voitures. Il n'y a plus un mètre carré sans véhicule dans les abords de la gare.» Jean-Louis Scherz partage ce constat: «Palézieux est une gare idéale. Elle dessert un arrière-pays important avec plusieurs villages résidentiels. Les pendulaires y sont donc très nombreux pour prendre le train tant vers Berne que vers Lausanne.»

Mais les places de stationnement de Palézieux ne sont pas seulement convoitées par les habitants de la région. «On vient de très loin pour prendre le train chez nous», constate Gérald Nidrist, qui assure voir des pendulaires valaisans dans les rues de sa commune. «Avec le manque de places sur la Côte, et les prix fous demandés pour des emplacements privés, des gens de Morges et de Nyon viennent même en voiture jusqu'ici.»

Pendant que les CFF cherchent une solution sur leur propre terrain, la commune envisage des solutions alternatives. Gérald Nidrist espère un jour voir arriver le train des vignes dans sa commune. Assurant aujourd'hui la liaison Vevey-Puidoux, la ligne permettrait aux pendulaires de la Riviera de laisser leur voiture au bord du lac avant de rejoindre Palézieux et ses trains directs. Le syndic place aussi de grands espoirs dans un réaménagement global du secteur de la gare: un parking pourrait par exemple être construit en contrebas, dans la zone industrielle.

Si l'Arc lémanique souffre profondément de cette pénurie de places, les autres régions de Suisse romande sont encore épargnées. Il reste des emplacements libres à Neuchâtel (175 places au total), Yverdon (220) ou Sion (190), par exemple. «Mais la situation évolue rapidement», avertit Jean-Louis Scherz.

Dans les gares saturées se pose aussi le problème de l'attribution des places. Pour choisir les heureux bénéficiaires, les CFF ont imaginé une série de critères pour éviter le «premier arrivé, premier servi». Il s'agit tout d'abord d'équilibrer les places louées à l'année et celles qui doivent rester accessibles aux voyageurs occasionnels. Les places sont ensuite attribuées en tenant compte de la distance au domicile du candidat. Un habitant de Morges aura moins de chance de décrocher un sésame qu'un usager de Froideville.

Le choix peut également être nuancé par les possibilités offertes par les autres transports publics. «Dans tous les cas, nous incitons les passagers à venir prendre leur train en utilisant les bus, remarque Jean-Louis Scherz. Augmenter les places de stationnement pose aussi le problème du trafic en centre-ville, où se situent nos gares.»