La nouvelle a fait de l'effet, et n'est pas restée confidentielle longtemps. La commission du Grand Conseil genevois qui débat d'une nouvelle loi sur le personnel de l'Etat en a eu la primeur vendredi après-midi, et le soir déjà on en parlait à la TV locale Léman bleu. Sur décision du gouvernement, les employés du canton ne travailleront pas entre Noël et Nouvel An, et ces quatre jours chômés ne seront pas compensés.

L'information a vite été traduite en termes non administratifs: cette année, les fonctionnaires genevois auront droit à une semaine de vacances supplémentaire alors que les salariés du privé se désolent du mauvais coup que leur réserve le calendrier. Pour eux, le pont des Fêtes est réduit cette année à presque rien, le 24 et le 31 décembre tombant un vendredi.

«Un pont à 80 millions»

Député libéral et membre de la commission parlementaire qui planche sur le statut de la fonction publique, Pierre Weiss n'a pas décoléré de l'après-midi. A la prochaine séance du Grand Conseil, il déposera une interpellation urgente. Pour savoir deux choses.

Première question: combien coûte ce cadeau aux fonctionnaires? Le député a déjà esquissé quelques calculs. Par rapport au temps de travail annuel, ces jours de congé accordés à quelque 25 000 fonctionnaires équivalent à grosso modo 2% de la masse salariale, soit un ordre de grandeur de 80 millions de francs.

D'où la deuxième question du libéral: «Comment se justifie un tel cadeau alors que le Conseil d'Etat reporte sur les communes de charges pour 88 millions et demande aux contribuables un effort supplémentaire de 33 millions de francs? Je demande au gouvernement de m'expliquer ses priorités.» Vendredi soir à Léman bleu, le démocrate-chrétien Patrick Schmied ne reculait pas devant le terme de «provocation».

Libérale elle aussi, la ministre des Finances Martine Brunschwig Graf ne se laissait pas démonter, hier soir, par l'offensive lancée par les députés de son camp. Et d'expliquer très posément pourquoi le gouvernement a effectivement décidé d'offrir à ses employés un cadeau, certes, mais un petit cadeau.

La conseillère d'Etat précise que ce ne sont pas quatre jours de congé qui sont offerts aux employés à titre exceptionnel, mais deux, puisque la loi prévoit que deux jours chômés sont accordés durant cette période, indépendamment du calendrier. Martine Brunschwig Graf enchaîne avec l'essentiel: ce pont de fin d'année est loin d'être une première. La pratique a été instituée en 1981. «Dans l'esprit de l'époque, il s'agissait déjà de faire des économies, mais dans les frais découlant de l'occupation des locaux, par exemple liés au chauffage», relève la ministre.

«Un coût proportionné»

Toutefois, ces congés durent être compensés durant le reste de l'année jusqu'en 1992. Ils ne l'ont plus été dès 1993. Ce cadeau est intervenu comme une contrepartie dans le cadre de négociations avec les syndicats: les mécanismes salariaux (annuités, indexations,…) dont profite la fonction publique avaient déjà été freinés cette année-là.

Par la suite, le principe du pont offert a été régulièrement reconduit. Et les syndicats n'ont pas manqué d'insister pour que cette extension des jours fériés soit entérinée par une disposition législative. «Mais le Conseil d'Etat n'est jamais entré en matière», souligne Martine Brunschwig Graf.

Le 27 septembre dernier, le Conseil d'Etat a donc décidé de reconduire ce pont pour la fin de l'année. «Nous avons voulu tenir compte des efforts demandés à nos collaborateurs», justifie la patronne des Finances: en 2005 comme en 2004, indexation, annuités et primes de fidélité ne seront octroyées que partiellement. «Il faut aussi se rendre compte que la compensation des heures chômées aurait un effet très relatif si elle était appliquée. Soit quelques minutes de travail en plus chacun des jours du reste de l'année.» La ministre a un autre argument: pour l'Etat, le coût effectif de la non-compensation découle des jours que reprennent plus tard les fonctionnaires assurant une permanence entre Noël et Nouvel An (police, hôpital…). En 2003, avec trois jours de pont, la dépense a été estimée à 3,8 millions.

Conclusion de Martine Brunschwig Graf: «Le pont de fin d'année a été accordé non par faiblesse mais par volonté de proportionnalité.» Les députés de la droite pourraient avoir une tout autre appréciation. Car les fonctionnaires genevois mèneront toute la semaine prochaine des actions pour protester contre la limitation des mécanismes salariaux. Au parlement, certains pourraient être tentés de supprimer leur cadeau de Noël…