Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Michaël Buffat, à gauche, et Fabienne Despot, à droite, posent lors de l’assemblée générale de l’UDC Vaud, avant les élections fédérales 2015, le jeudi 26 mars 2015 à Prilly.
© KEYSTONE/LAURENT GILLIERON

procès

Les ramifications de «l’affaire Despot» devant le Tribunal de police lausannois

Un trio de «maîtres chanteurs» est accusé d’avoir menacé l’ancienne présidente de l’UDC Vaud de divulguer son enregistrement clandestin réalisé à l’été 2015 pour obtenir un rapport confidentiel sur Claude-Alain Voiblet

Trois ans après les faits, un trio de «maîtres chanteurs» comparaît devant le Tribunal de police de Lausanne dans l’affaire des écoutes clandestines à l’UDC Vaud. Jean-Luc Laurent, ancien conseiller communal, est accusé de tentative de contrainte, Frédéric Reichenbach, détective valaisan et ex-compagnon de Fabienne Despot, et Olivia*, ex-compagne de Pierre-Alain Voiblet, doivent répondre de complicité de tentative de contrainte.

Les prévenus sont accusés par l'ancienne présidente de l'UDC Vaud Fabienne Despot et le conseiller national Michaël Buffat d’avoir utilisé un enregistrement illicite réalisé par Fabienne Despot comme moyen de pression pour tenter d’obtenir un rapport confidentiel consacré au vice-président de l’UDC Pierre-Alain Voiblet, alors contesté. Les accusés encourent des peines de 15 à 30 jours-amendes à 30 fr. le jour, avec sursis.

Bisbilles internes

L’affaire des écoutes clandestines avait secoué l’UDC Vaud à l’été 2015, révélant au grand jour un climat délétère et d’importantes rivalités à la tête de la section cantonale. Aujourd’hui encore, alors que plusieurs des protagonistes ont quitté le parti et que la section lausannoise est affaiblie, les échanges restent électriques. Durant l’audience, les accusés n’ont cessé d’invectiver les plaignants.

Lire aussi: Fabienne Despot, le gâchis d’une ambition

En avril 2014, lors d’une séance du comité central de l’UDC, Fabienne Despot enregistre ses collègues à leur insu, sur les conseils de Frédéric Reichenbach, connu du public pour avoir mené une contre-enquête fleuve sur l’affaire du petit Luca Mongelli. Peu après leur séparation, en mai, Frédéric Reichenbach  transmet l’enregistrement audio à Olivia, qui le livre à Jean-Luc Laurent. Ce dernier tente alors de convaincre Michaël Buffat et le secrétaire général du parti Kevin Grangier de lui fournir le rapport tant désiré en échange de l’enregistrement, menaçant de divulguer le contenu à la presse s’ils refusent. Le clan des opposants à Pierre-Alain Voiblet, dont Jean-Luc Laurent faisait partie, n’avait jamais pu le consulter.

«C’était de bonne guerre»

Pourquoi avoir tenté de faire pression sur Fabienne Despot? demande le juge. «C’était de bonne guerre, répond Jean-Luc Laurent, l’accusé principal. Au moment des faits, je ne voulais qu’une chose, ce rapport dont on m’avait dit qu’il ferait tout sauter à l’UDC. Dans cette sinistre affaire, Fabienne Despot a été victime de son propre comportement et de son propre parti.»

Fabienne Despot plaidera la «naïveté» et la «maladresse», mais finira par jeter l’éponge comme présidente le 7 janvier 2016, fragilisée par de multiples appels à la démission et sa non-réélection au Conseil national à l’automne. A l’audience, elle revient avec émotion sur cette «période très agitée»: «L’e-mail de Jean-Luc Laurent me demandant de lui fournir le rapport a provoqué chez moi un très grand choc. On était au début de la campagne pour les élections fédérales, je craignais pour ma personne et pour mon parti.»

Lire aussi: Enregistrement clandestin à l’UDC Vaud: Fabienne Despot parle de «maladresse»

Lorsqu’il apprend avoir été enregistré à son insu, le député Michaël Buffat se montre lui aussi très inquiet. «Durant cette séance, j’ai critiqué des collègues du parti, reconnaît-il lors de l’audience. En tant que président du groupe parlementaire, j’aurais souhaité que cet enregistrement ne sorte pas dans la presse.» C’est pourtant ce dont l’accuse Frédéric Reichenbach: «Fabienne Despot a chuté, Michaël Buffat a été promu, à qui profite le crime?» L’intéressé dément mordicus.

«Les accusés ne se rendent absolument pas compte de la gravité de leurs actes, déplore Me Lionel Zeiter, conseil de Michaël Buffat. La réaction de mon client est nécessaire et justifiée. On ne peut pas laisser des élus se faire influencer par du chantage.»

Davantage qu’une «infraction bagatelle»

L’avocat de Fabienne Despot souligne quant à lui les conséquences lourdes pour sa cliente. «Sans la rancune d’un ex-compagnon, Fabienne Despot conservait toutes ses chances à la tête du parti et aux élections fédérales. A l’inverse, elle a vécu six mois d’enfer et a été livrée en pâture aux médias. Il ne s’agit pas d’une infraction bagatelle. Contrairement à ce que les prévenus semblent penser, tous les coups ne sont pas permis en politique.»

Les trois prévenus ont refusé les conclusions civiles des plaignants. Le jugement sera rendu mercredi à midi.

*Prénom d'emprunt.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo suisse

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

Le Conseil national a refusé de suivre l'avis du Conseil des Etats. Celui-ci voulait réduire de moitié la facture des nouveaux gilets de l'armée suisse. Il a été convaincu par les arguments du chef du DDPS, Guy Parmelin. La question reste donc en suspens.

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

n/a