GENEVE

Raoul Riesen s'en est allé en compagnie du Renquilleur et du Furet

Chroniqueur à «La Suisse», au «Journal de Genève», puis à la «Tribune de Genève», Raoul Riesen s'est éteint mardi. Le «Fond de la Corbeille», qu'il avait contribué à créer, lui rendra hommage vendredi

Le Furet n'est plus. Raoul Riesen, qui s'est éteint mardi soir à l'âge de 68 ans, laisse de nombreux orphelins. Amis, et il en avait beaucoup, et aussi lecteurs et téléspectateurs qui le considéraient souvent, eux aussi, comme un ami.

Même du côté de ses nombreuses victimes – en plus de trente ans de chroniques impertinentes tenues successivement dans trois journaux genevois il avait fini par égratigner un peu tout le monde – on lui en voulait rarement. Car s'il avait la dent acérée, il ne mordait jamais en traître. «Il n'avait pas de rognes ou de comptes à régler, résume l'ancien conseiller d'Etat Guy Fontanet. Il écrivait en homme libre, c'est tout. Et on avait du plaisir à le lire.»

La chronique quotidienne du Renquilleur, créée peu après son engagement en 1960 au journal La Suisse, poursuivie entre 1994 et 1997 dans le Journal de Genève, était devenue une espèce d'institution genevoise. Si l'on s'y faisait étriller, on pouvait rire jaune, mais mieux valait rire que s'offusquer trop publiquement: Raoul Riesen, on le savait, était inattaquable. Il devait d'abord ce statut enviable à sa rigueur professionnelle sans faille. Il vérifiait tout, plutôt trois fois qu'une, relisait et corrigeait jusqu'à la dernière minute. Il fustigeait, ensuite, avec élégance, sans en remettre et sans jamais oublier de faire rire. Résultat: face à l'inertie, au mépris, à l'arrogance ou, tout simplement, à l'absurdité de la vie, le réflexe était de «le dire (ou l'écrire) au Renquilleur» qui puisait la matière de ses chroniques dans les innombrables tuyaux qu'on lui envoyait. Y compris, assure l'ancien conseiller d'Etat Jaques Vernet, depuis la Tour-Baudet.

Formé au journalisme sur le tas, il avait tâté de la hiérarchie, comme chef de la rubrique locale de La Suisse, puis comme membre de la direction. Mais il était vite revenu là où il aimait être, sur le terrain. C'est à l'occasion de ce retour qu'est né le Furet. «Il cherchait un animal sympathique, qui aille fouiner dans le terrier des autres bêtes», raconte le graphiste Pasqual qui illustrait cette chronique. Mais le Furet n'a pas fait que fouiner. Il est vite devenu un peu poète. Raoul Riesen était un adepte inconditionnel de la concision – aller droit au fait était pour lui une forme de respect du lecteur – et, se rappelle le journaliste Jean-Pierre Gattoni, il avait été l'un des premiers à abandonner un style journalistique alors volontiers verbeux pour des phrases ramassées et efficaces.

Mais passer des quelque vingt lignes dévolues en général au Renquilleur à un espace plus large lui a permis de tisser de nouveaux liens avec ses lecteurs, auxquels il s'était mis à raconter des épisodes de sa vie et de celle des rédactions qui l'entouraient. Le Furet a ainsi narré, entre autres choses gaies ou amères, la mort de deux journaux, La Suisse d'abord en 1994, puis le Journal de Genève en 1998, affichant à l'égard de sa hiérarchie la même indépendance intraitable qu'il manifestait vis-à-vis de l'extérieur.

Non à l'amertume

Ces disparitions lui avaient coûté, mais elles ne l'avaient pas rendu amer. Il restait un journaliste curieux, suggérant des pistes et des sujets, prêt aussi, se rappelle Ignace Jeannerat, secrétaire général du Temps, à aller encourager un tout jeune rédacteur en chef d'une bourrade; sans offrir vraiment de conseil, mais disponible au cas où… En 1989, il s'était lancé dans une nouvelle aventure en participant à la création de l'émission humoristique le «Fond de la Corbeille» à la Télévision suisse romande. Il s'y était fait des complices qui lui rendront hommage vendredi.

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