Après l’affaire du seau d’eau lancé par le juge Stéphane Geiger (PDC) à la tête de son collègue Daniel Devaud (Ensemble à gauche), la Cour des comptes refait parler d’elle à Genève avec la présentation, vendredi, de son rapport annuel.

Si le contexte est plus institutionnel, le contenu du rapport est pour le moins explosif. En particulier pour la ministre socialiste des Finances de la Ville, Sandrine Salerno, épinglée pour sa politique de recrutement.

Deux ans après l’audit du Service des Ressources humaines (RH), la Cour «constate un faible avancement dans la mise en œuvre [de ses] recommandations», seules cinq sur seize ayant été réalisées. Une «structure organisationnelle du recrutement» n’a pas été finalisée, et le processus d’embauche ne tient pas compte de l’ensemble des catégories de personnel. Elle constate aussi que «le processus de recrutement de deux postes de hauts cadres ne correspond pas aux bonnes pratiques».

La Cour, dit-elle, «ne peut que regretter le manque d’évolution dans les pratiques de recrutement de la Ville, qui […] nuisent considérablement à son image d’employeur responsable».

Réagissant par voie de communiqué, le Conseil administratif s’est empressé de regretter «la publication d’un rapport incomplet qui omet de prendre en compte bon nombre d’éléments pertinents […] comme la quantité et la qualité du travail accompli par l’administration depuis une année». Documents à l’appui, la Ville conteste point par point les conclusions de la Cour et «déplore un fonctionnement de la Cour en inadéquation avec sa mission».

Interrogé sur cette contre-attaque, le président de la Cour des comptes, le Vert Stanislas Zuin, n’en démord pas: «Ce sont des appré­ciations divergentes de ce qui est ­correct ou ne l’est pas. Mais la Cour a reçu l’ensemble des documents pertinents que fait valoir la Ville et maintient toutes ses conclusions.»

Problème: alors que la Cour des comptes et la Ville de Genève campent chacune sur sa position, Le Courrier fait de nouvelles révélations. Selon son édition de samedi, Stéphane Geiger, qui aurait piloté la rédaction du rapport sur la Ville, a menacé par deux fois son collègue Devaud d’un nouveau seau d’eau et, surtout, ce dernier n’assume aucune responsabilité quant aux conclusions du rapport annuel, qu’il a d’ailleurs refusé de signer.

Contacté, Daniel Devaud confirme. Il indique avoir écrit au Bureau du Grand Conseil pour expliquer pourquoi il n’avait pas signé le rapport et dit réserver ses explications au parlement, autorité de surveillance. Il affirme également avoir sollicité les directeurs d’audit de la Cour à plusieurs reprises, entre le 13 et le 19 septembre, pour leur faire part de ses interrogations et affirme ne pas avoir reçu de réponse. Bref, le juge prend ses distances avec le travail de ses collègues.

La crédibilité de la Cour est-elle mise à mal? «La crédibilité de la Cour se fonde sur la qualité de son travail, qui n’est pas mise en cause, et dont le rapport de ce jour est un aperçu relativement exhaustif, répond Stanislas Zuin. Pour ce qui est des divergences entre magistrats, qui n’ont rien à voir avec le travail de fond de toute une équipe, les éléments sont transmis au Bureau du Grand Conseil, qui fera toute la lumière.» Quant à savoir si Daniel Devaud a été empêché de faire part de ses interrogations aux directeurs d’audit, Stanislas Zuin s’inscrit en faux: «Ce n’est pas le cas et il revient au Bureau du Grand Conseil de se prononcer sur ces éléments.»

Alors que les fronts sont de plus en plus marqués, et en attendant les conclusions d’une probable enquête parlementaire sur la crise – demandée par le Bureau du Grand Conseil (LT du 18.09.2012) –, que penser du crédit de l’institution? «Jusqu’à présent, les rapports de la Cour ont toujours été de bonne qualité, répond le député UDC Eric Bertinat. Mais au vu de la crise actuelle, on peut légitimement nourrir quelques doutes sur son objectivité.» Des doutes que ne partage pas son collègue vert, Christian Bavarel: «Malgré les difficultés, le travail de la Cour est d’excellente qualité et très utile pour les députés, comme pour les départements qui sont audités. Ceux qui font leur travail le font bien. Mais il est vrai qu’il y a une ambiance de fin de règne. Il est grand temps de renouveler la Cour par une élection dépolitisée.»

«Il y a une ambiance de fin de règne. Il est grand temps de renouveler la Cour»