«La Police de sûreté fribourgeoise fonctionne correctement et aucun dysfonctionnement grave n'a été constaté.» Pierre Nidegger, commandant de la police fribourgeoise, et Claude Grandjean, directeur de la Justice et de la Police, s'accrochent à cette conclusion rassurante de l'audit de la Police de sûreté confié à l'avocate neuchâteloise Barbara Ott, dont une version expurgée de 30 pages sur 150, a été rendue publique lundi.

Le deuxième rapport Ott, partiellement publié contrairement au premier qui a étayé le licenciement, en novembre, de l'ancien chef de la Brigade des stupéfiants, fournit pourtant une longue liste d'irrégularités, dont la lecture donne une image peu reluisante du fonctionnement de la police.

Remis il y a quinze jours à Claude Grandjean, puis discuté mardi dernier par le Conseil d'Etat, ce rapport ne débouchera pas sur une réforme générale de la Police de sûreté. Le gouvernement assurera simplement un contrôle indirect de la mise en œuvre des recommandations de Barbara Ott soumises à l'appréciation des responsables de la police eux-mêmes.

L'avocate neuchâteloise, au terme de l'audition de 80 personnes dont 50 policiers, se dit «surprise en bien» de l'état de la police fribourgeoise. Sur les quelque 70 problèmes examinés, elle en relève tout de même 39 qui n'ont pas encore trouvé de solution et 21 en voie de résolution. Dans cette liste à la Prévert, on trouve aussi bien la présence de photos pornographiques dans le bureau de Paul Grossrieder, le retard des enquêtes de la Brigade financière, un refus d'ordre, que le poids des rumeurs sur l'ambiance de travail au sein de la police.

Relations avec le milieu de la prostitution

Les relations privées de cadres de la police avec des prostituées opérant à Fribourg sont confirmées par le rapport Ott. Jugées «inadmissibles, elles sont à bannir», précise l'audit, qui recommande un remplacement plus fréquent des policiers en charge du contrôle du milieu de la prostitution. La découverte de photos pornographiques dans le bureau de Paul Grossrieder incite l'auteur du rapport à proposer l'instauration de règles éthiques claires et précises valables pour l'ensemble de la police. La constatation du rôle ambigu joué par les informateurs dans les «affaires» qui ont secoué la justice et la police fribourgeoises doit conduire à de nouvelles règles en la matière, notamment le partage des informateurs entre policiers et l'exclusion des juges instructeurs de ce réseau.

Indiscipline

Certains policiers ont refusé de traiter certaines affaires. L'un d'entre eux a refusé d'être intégré dans une brigade spécialisée, d'autres ont été déplacés pour résoudre un problème de mésentente entre cadres. Barbara Ott rappelle que les fonctionnaires de police sont des fonctionnaires comme les autres, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. Elle suggère l'établissement d'un code de déontologie à élaborer sur la base d'un séminaire destiné à l'ensemble des policiers, appelés à respecter scrupuleusement le secret de fonction. Certains cadres sont considérés comme incompétents, ce qui expliquerait une certaine indiscipline. L'expert rappelle qu'il est possible de rétrograder des cadres ou de les muter. Le statut du nouveau promu peut être revu durant un an. «Ce délai devrait être suffisant pour remédier aux faiblesses», souligne Barbara Ott.

Communication déficiente

Le manque de communication interne et externe, source de rumeurs non démenties, est à l'origine d'un climat de méfiance et de jalousie qui a perturbé les conditions de travail de la police. «La communication est défaillante à Fribourg», résume Barbara Ott, qui recommande davantage de transparence, notamment de la part du commandant de la police, et une meilleure intégration du service de presse qui devrait avoir «les moyens d'une politique d'information moderne».

Après le licenciement de Paul Grossrieder et le départ volontaire de Peter Baeriswyl, ancien chef de la Police de sûreté sous enquête judiciaire pour violation du secret de fonction, voire entrave à l'action pénale, suite à une relation avec une prostituée, la question des sanctions administratives contre des policiers semble résolue, selon le gouvernement fribourgeois. Il n'entend pas, a priori, tirer au clair la question des responsabilités de fautes jugées suffisamment mineures pour n'avoir pas officiellement causé de dysfonctionnement de la police.