Fait rare, Nyon et sa région veulent leur TV

Médias Daniel Rossellat et ses homologues tiennent à financer un canal local

Ils y tiennent, à leur TV locale. Cas rare en Suisse romande, la région de Nyon possède un canal propre, non soumis à une concession, jusqu’ici soutenu par les téléréseaux. Comme ailleurs, les opérateurs du câble ont supprimé leur appui. Nyon, Gland et le Conseil régional veulent continuer, et développer un peu l’offre. Leurs édiles ont dévoilé leur projet mardi: une TV modeste, mais diffusée cette fois sur l’ensemble du district, même accessible au niveau national par le Web.

Daniel Rossellat, le syndic de Nyon, en fait une question «de solidité du lien social dans un district qui connaît une forte hausse de sa population». Il se garde de toute défiance face à Léman Bleu et à La Télé, mais il insiste: «Soyons immodestes. Le rayonnement de notre district vaut mieux que deux minutes de temps en temps.» La nouvelle chaîne sera lancée en septembre, alors qu’en mars, une autre TV va voir le jour dans le canton de Vaud, BeCurious, avec des programmes orientés vers le public féminin (LT du 16.02.2015).

Christophe Rasch de retour

Le projet de Nyon et Gland ramène Christophe Rasch aux affaires télévisuelles. L’ancien fondateur et patron de La Télé, qui l’a quittée sous tension l’année passée, a été mandaté pour esquisser la nouvelle offre. Serrée: chaque jour, un journal de 10 minutes, et un débat de 15 minutes, montrés en boucle dès 18h. Pour les façonner, trois journalistes. Avec un accent sur la mobilité pour traiter les sujets du jour, grâce à un duplex quotidien depuis une commune du district. Le studio sera installé dans un local déjà utilisé à cette fin, à Gland.

Cette forme ramassée, répétée toute la journée, a ses atouts, plaide Christophe Rasch: à l’heure où la consommation de TV par rendez-vous fixes devant le poste tend à faiblir, «la boucle est une forme avancée, et elle permet de toucher un large public», y compris sur téléphones et tablettes. Il mise sur environ 150 000 francs de recettes publicitaires par an, ce qui est ambitieux, mais qui inclut des parrainages d’émissions par des instances locales. A ses yeux, sur le marché de la pub, il n’y a pas de risque de choc frontal avec BeCurious, «il s’agit de segments totalement différents».

Pour un budget estimé à 700 000 francs, au moins 500 000 devront venir des collectivités publiques, «le seuil vital», selon Daniel Rossellat. A Gland, la demande de la municipalité arrivera dans une ambiance électrique, avec deux référendums déposés contre une hausse d’impôts et un projet de piscine. «Malencontreux concours de circonstances», selon la municipale Christine Girod: «Mais nous avons besoin de solidarité régionale pour maintenir certains acquis.» Justifiés, selon les édiles, par cette identité particulière de la région, genevoise mais vaudoise.