Ces rares élus de droite qui osent critiquer les forfaits fiscaux

Face à l’unanimité, à droite, contre l’initiative de la gauche visant à abolir l’imposition à la dépense, les propos du PLR Dick Marty détonnent: «Je vais voter pour cette initiative. Je me bats pour une société où chacun puisse dire qu’il est traité de manière équitable. Or les forfaits fiscaux sont fondamentalement injustes. L’opportunité immédiate ne suffit pas à les justifier.» Le bien-être d’une société, poursuit l’ancien procureur tessinois, repose sur sa créativité, sa capacité de production propre et non sur un «raccourci» tel que les forfaits fiscaux. En outre, il juge douteux que la Suisse, en attirant les contribuables aisés, «vole l’argent d’autres Etats».

Un avis à l’opposé de la ligne de son parti, ce qui n’est pas inhabituel de la part de Dick Marty, et qui fait écho à celui d’un autre vieux sage de la droite, Jacques Neirynck. Même si le conseiller national PDC compte voter contre l’initiative, il l’admet: «sentimentalement, je pourrais être favorable à l’abolition des forfaits. Ce régime est inique et insulte la classe moyenne. Pourtant, je dis non à cette initiative car elle ne résout rien: lorsqu’elles sont imposées sur le revenu, les grandes fortunes ont toujours des moyens de se soustraire au fisc».

Selon le dernier sondage SSR publié mercredi, dans le camp démocrate-chrétien, malgré un mot d’ordre ferme du parti contre l’initiative, 41% des électeurs se disent pour ou plutôt favorables à l’initiative. «Les citoyens sont sensibles aux questions d’équité au-delà des frontières des partis, surtout sur un sujet émotionnel comme l’argent», estime le conseiller national (PDC/FR) Dominique de Buman, contre le texte.

Questions éthiques

Pour l’écrivain Metin Arditi, classé par Bilan dans les 300 plus grandes fortunes de Suisse, les questions éthiques ne sont pas assez présentes dans le débat: «Les forfaits fiscaux sont très attractifs car ils ramènent de l’argent. Mais ils sont contraires à nos intérêts à long terme: pour être fort économiquement, un pays doit être fort moralement.» Des arguments peu audibles dans le camp du non. La conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf s’est trouvée sous le feu des critiques pour avoir souligné le caractère inégalitaire de ce régime lors du lancement de la campagne du Conseil fédéral contre ce texte, puis dans une émission télévisuelle alémanique. Comme son homologue PDC Doris Leuthard en 2007, lorsqu’elle critiquait les forfaits fiscaux à la RTS.

Pour le conseiller national PLR vaudois Olivier Français, c’est une question de choix entre idéal et Realpolitik: «Nous avons tous des doutes sur ce régime. Mais je privilégie le pragmatisme. La Suisse est sur un marché concurrentiel en termes de fiscalité. Elle n’est pas là pour donner l’exemple au reste du monde.» Les voix dissidentes sont particulièrement rares dans les cantons latins, qui retirent le plus gros volume de rentrées fiscales de l’imposition à la dépense.

Du côté alémanique, l’entrepreneur Werner Steinegger, membre du PLR et ancien président de la Chambre de commerce de Suisse centrale, s’est mobilisé contre les forfaits fiscaux avec d’autres représentants bourgeois, dont le négociant en vin Jakob Schuler. «Nous sommes un petit groupe de l’ancienne génération qui nous sommes battus au début de cette année contre les forfaits à Schwyz. Sans succès»: le parlement n’a pas voulu entrer en matière.

Au niveau fédéral pourtant, les élus schwyzois n’ont pas voulu s’engager dans la campagne. «Nous ne sommes pas habilités à le faire, précise Werner Steinegger. Nous connaissons bien la situation de Schwyz, mais pas celle des autres cantons. Notre avis reste néanmoins le même: nous sommes contre les forfaits fiscaux. Il faut des impôts bas dans l’ensemble du pays, suffisamment attractifs pour ne pas avoir à faire des exceptions.»