Selon l’historien Urs Altermatt, auteur du Dictionnaire biographique des cent premiers conseillers fédéraux, la formule de «primus inter pares» appliquée au président ou à la présidente de la Confédération remonte à 1913. Ce «premier parmi ses pairs» dirige les débats du collège. Si la fonction ne lui confère pas de droits particuliers, chacun peut néanmoins lui donner le relief qu’il souhaite. Dans l’histoire récente, des Pascal Couchepin, Micheline Calmy-Rey, Samuel Schmid ou Doris Leuthard ont donné à la fonction un retentissement plus important que d’autres. Absorbée par ses propres dossiers, Eveline Widmer-Schlumpf n’en fait visiblement pas le même usage.

Au XIXe siècle, relève Urs Altermatt, le rôle de président avait davantage «de poids et de prestige». Cela explique pourquoi certains membres plus effacés n’ont jamais accédé à cette charge. D’autres, comme Victor Ruffy (VD), Willi ­ Ritschard (SO) ou Eugène Borel (NE), sont décédés ou ont volontairement quitté le gouvernement au seuil de la présidence.

Hormis ces cas particuliers, la règle de l’ancienneté et du tournus n’a souffert que de rares exceptions. En 1918, le vice-président, le germanophile Eduard Müller, dut laisser la présidence de l’année 1919 au Genevois Gustave Ador. En 1944, le très critiqué Marcel Pilet-Golaz démissionna en pleine guerre alors qu’il aurait dû être président en 1945.

En 1966, pressenti pour la vice-présidence puis la présidence pour l’année 1968, le radical Paul Chaudet fut contraint par son parti à se retirer du gouvernement à cause de l’affaire des Mirage.

En 1989, une autre radicale, Elisabeth Kopp, qui venait d’être élue vice-présidente et aurait dû être la première femme présidente en 1990, fut obligée de s’en aller.

En 2003, Ruth Metzler (PDC) ne fut pas réélue au Conseil fédéral, dont elle était la vice-présidente. Pour 2004, la présidence fut attribuée à son collègue de parti Joseph Deiss. Enfin, en 2007, Christoph Blocher fut évincé le jour même où il aurait dû devenir vice-président pour 2008.