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Thomas Geiser (2e depuis la gauche) avec les membres du comité Leo Caprez, Franziska Barmettler et Sean Serafin.
© ANTHONY ANEX

Suisse-UE

RASA, le retrait d’un poil à gratter

Il n’y aura pas de nouveau vote sur le scrutin du 9 février 2014 «Contre l’immigration de masse». Le comité d’initiative RASA retire son texte et quitte la scène politique, du moins temporairement

C’est la fin d’un épisode inédit de la politique suisse. «Vous pouvez désormais respirer. Nous retirons l’initiative RASA («Sortons de l’impasse») aujourd’hui», a annoncé Franziska Barmettler, membre du comité d’initiative, mardi après-midi à Berne devant un parterre de journalistes ainsi que d’élus et de représentants du patronat et des syndicats invités pour l’occasion.

Lire aussi notre éditorial: RASA, un enterrement et des questions

Poil à gratter de la politique suisse depuis son lancement en décembre 2014, RASA a incarné la révolte de la société civile, de ces 49,7% de votants qui n’ont pas suivi l’UDC dans sa volonté de brider «l’immigration de masse». Le texte «Sortons de l’impasse» visait ainsi à supprimer de la Constitution fédérale les dispositions qui y étaient entrées le 9 février 2014, entre autres les fameux plafonds et contingents pour toutes les catégories d’étrangers qui hypothéquaient la voie bilatérale. La récolte de signatures a été largement soutenue de ce côté-ci de la Sarine, notamment par la Fédération des entreprises romandes et la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie.

Un passage au parlement et des centaines d’heures de débat plus tard, RASA quitte la scène politique. Il n’y aura donc pas de votation populaire sur cette initiative. Le comité dit avoir pris sa décision à une «majorité confortable». L’un des pères et farouche défenseur du texte, le professeur de droit Andreas Auer, était absent mardi lors de l’annonce du retrait, en séjour à l’étranger.

Sans regrets

Le comité RASA ne regrette rien, assure-il, paraphrasant la fameuse chanson d’Edith Piaf. L’initiative a atteint son but principal, à savoir le maintien des accords bilatéraux avec l’Union européenne ainsi que la réintégration complète de la Suisse à des programmes comme Horizon 2020, important dans le domaine de la recherche. Elle a aussi mis une pression salutaire sur le Conseil fédéral et le parlement au moment de la mise en œuvre de l’initiative «Contre l’immigration massive», estiment les membres de RASA. «Après le vote du 9 février 2014, les forces de la Suisse ouverte et souveraine ont réussi ensemble à combattre «Ecopop». Mais sur le débat sur «l’immigration de masse», c’est bien la société civile – RASA, mais aussi Foraus et Opération Libero – qui a animé le débat et permis de trouver une solution ménageant l’Accord sur la libre circulation», affirme Sean Serafin, membre du comité d’initiative RASA.

Lire également: L’avenir de RASA se joue lundi

S’ils ne parlent pas de regrets, les initiants évoquent la difficulté d’être entendus dans la Berne fédérale en tant que représentants de la société civile. Ils auraient souhaité l’élaboration d’un contre-projet à leur initiative pour rendre l’article constitutionnel sur la gestion de la migration compatible avec les obligations internationales de la Suisse. L’hiver dernier, ils en avaient même fait une condition au retrait de leur texte. Au total, six contre-projets ont été mis en discussion sur la scène politique sans qu’aucun ne trouve une majorité. Le comité RASA en prend acte mais souligne l’effet d’épée de Damoclès durable que constitue l’article 121a de la Constitution. «La migration se décline en de nombreuses nuances et sur une base bilatérale. Cela nécessite une grande flexibilité, souligne Sean Serafin. Concrètement, nous devrons attendre les prochains accords de mobilité ou d’échange pour percevoir tous les effets du 121a.»

Lire aussi: Pour le gouvernement, RASA n’amène plus aucune valeur ajoutée

Manque de temps et de clarté

A écouter les initiants dérouler les arguments très pondérés qui les ont poussés au retrait de leur texte, les élus fédéraux présents dans la salle hochent la tête et sourient, satisfaits. Tous partis confondus, une large majorité d’entre eux craignait un vote sur l’initiative populaire RASA et un rejet net qui aurait pu être interprété comme un soutien renouvelé du peuple et des cantons à la politique migratoire restrictive prônée par l’UDC.

«Nous n’avons pas de raison de penser que les 49,7% des citoyens qui ont dit non le 9 février 2014 auraient voté différemment, observe pourtant Thomas Geiser, l’un des initiants. Mais de nombreuses organisations auraient dû donner un mot d’ordre à contrecœur. Un tel tour de force ne ferait pas sens dans la situation actuelle.» Sean Serafin ajoute qu’il était important pour les membres du comité de poser une question claire au peuple. «Or, un non à notre initiative mais aussi un oui auraient été difficiles à interpréter.» Enfin, ce comité de bénévoles s’est aussi interrogé sur sa capacité à mener campagne. «Trois d’entre nous sont devenus parents entre 2014 et aujourd’hui. La difficulté à concilier vie familiale et vie professionnelle laisse peu de temps pour le reste», souligne Léo Caprez.

Le combat continue

Les membres de RASA décideront ces prochaines semaines de la dissolution ou du maintien de l’association. En guise d’héritage, RASA promet de se joindre au combat «pour une Suisse à succès, ouverte et solidaire» en luttant contre l’initiative visant à résilier l’Accord sur la libre circulation des personnes annoncée par l’UDC et l’ASIN. «Avec le retrait de RASA, nous avons désormais la possibilité de travailler ensemble pour garantir l’ouverture de la Suisse et ses relations avec l’UE», se réjouit le conseiller aux Etats Beat Vonlanthen (PDC/FR).

Directrice romande d’economiesuisse, Cristina Gaggini salue le retrait de l’initiative mais aussi «l’engagement de ce comité et des autres organisations de la société civile» dans le débat. «C’est un signal positif pour les prochains combats qui nous attendent. C’est ce qui nous a manqué en février 2014.» Elle identifie pour sa part l’initiative de l’UDC «Pour l’autodétermination» comme prochaine bataille commune de cette grande alliance post-9 février.

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