La mémoire historique a ceci de magnifique qu’elle révèle les permanences. A l’heure où la deuxième vague de la pandémie atteint le moral des Suisses, où certains cèdent à la panique quand d’autres banalisent gaillardement en persiflant les autorités, c’est en somme assez rassurant. Aussi faut-il lire ces lignes: «Presque tous tendaient cruellement à éviter et à fuir les malades ainsi que leurs affaires. Certains pensaient que vivre avec modération et se garder de tout excès constituait un bon moyen de résister au fléau. D’autres, à l’opposé, estimaient que, face à un si grand mal, nul remède n’était plus sûr que boire beaucoup, se donner du bon temps, aller chantant et s’amusant alentour, tenter de satisfaire toutes ses envies, rire et se moquer de ce qui se passait.» L’auteur de ce texte n’est pas un écrivain suisse laissant courir sa plume en l’an de disgrâce 2020. Non, il s’agit de l’Italien Boccace, qui écrit en 1349 Décaméron, un recueil de nouvelles, suite à l’épidémie de peste noire qui a ravagé Florence un an plus tôt.

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