Élections fédérales

Raté politique d’envergure au PDC

Centriste par excellence, le Parti démocrate-chrétien a fait fi des traditions pour lancer une nouvelle campagne particulièrement agressive. Ses propres membres s’en distancient déjà

Le PDC, un «bâtisseur de ponts» en train de se mettre tout le monde à dos. Ce mardi, le parti du centre s’est fait démolir par ses adversaires, ses alliés et même ses propres membres. La raison? Le lancement d’une nouvelle campagne intitulée «candidats2019.ch». 

Les centristes attaquent

Sous cet intitulé aux airs faussement officiels, les démocrates-chrétiens ont décidé de solliciter les services de Google pour s’attaquer – nommément – à certains de leurs adversaires. Saisissez «Philippe Bauer», conseiller national PLR neuchâtelois, sur le moteur de recherche: le premier lien mène à une page qui vous informe que le politicien souhaite «Imposer au peuple suisse l’accord-cadre avec l’UE, à n’importe quel prix. Faire passer les intérêts des industries exportatrices avant la protection des salaires et laisser les entreprises suisses, leur savoir-faire et leurs places de travail passer sans aucune protection en mains étrangères.» Rien de moins.

Roger Nordmann (PS), Céline Amaudruz (UDC), Hugues Hiltpold (PLR), Lisa Mazzone (Verts), le site fonctionne pour bon nombre de parlementaires en fonction, de candidats, de gauche, de droite, sans distinction. Même des partenaires de liste apparentées sont visés. «Je veux voir de vraies solutions!» indique cependant un bouton salvateur… qui emmène l’internaute sur un argumentaire de promotion politique du PDC. «Soutenez la politique consciente et fiable du parti», dit celui-ci. Consciente et fiable, vraiment?

Les PDC eux-mêmes s’excusent

«Campagne de dénigrement», proteste le conseiller national Mathias Reynard (PS/VS), «de caniveau», renchérit le candidat PLR neuchâtelois Nicolas Jutzet. «Coup bas», «faute électorale», les qualificatifs négatifs se succédaient ce mardi sur la Toile pour dénoncer ce que beaucoup considèrent comme un raté politique évident. Parmi les plus virulents détracteurs, ses propres représentants sous la coupole, visiblement atterrés.

«Ce n’est pas dans l’ADN de notre parti que de s’en prendre aussi directement à nos concurrents, voire de les dénigrer, a regretté le conseiller national PDC Claude Béglé. Je préfère faire campagne en mettant en avant ce que nous avons de positif plutôt que de casser du sucre sur les autres.» «Cette stratégie nationale ne correspond pas à notre culture de parti cantonal majoritaire, responsable et soucieux de trouver des solutions avec les autres, abondait le conseiller national PDC Benjamin Roduit. J’ai fait part ce matin de notre mécontentement à la présidence du PDC Suisse.»

«La campagne suit son cours»

Face à un échec stratégique manifeste, le président du parti, Gerhard Pfister, ne laissait paraître aucune gêne. Interrogé par la NZZ, le ténor PDC déclarait mardi que cette opération était «planifiée depuis longtemps» et qu’elle «suivait son cours comme prévu». Pas certain que le discours du Zougois tienne jusqu’à la fin de la semaine. En perte de vitesse dans les sondages et talonné par les Verts, le paisible parti a tenté l'attaque. Sans succès.

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