Le ministre de la Défense, Samuel Schmid, a demandé il y a quinze jours à l'inspectorat de son département de procéder à une analyse complète du projet PISA 2000 (système de gestion du personnel de l'armée). La réalisation, en cours, de ce projet a connu récemment deux types de dysfonctionnement: l'un est financier, l'autre managérial. Ils ne sont pas encore résolus.

D'abord conçu comme un outil au service de l'administration du Département fédéral de la défense (DDPS), PISA 2000 a été transféré en mains militaires courant 1999, en raison de la réforme Armée XXI. Les cadres du département ont souhaité étendre les capacités d'un système prévu à l'origine comme une banque de données, recensant nom, prénom, âge des soldats, nombre de jours de services, etc. Ils ont redimensionné PISA 2000 pour en faire aussi un outil de planification et d'analyse, d'une «absolue nécessité» pour la conduite de la réforme Armée XXI, disent-ils. L'entreprise IBM est devenue partenaire.

En 1999, la réalisation du projet a été estimée à 19,6 millions de francs, suivant une offre d'IBM. Le DDPS s'est toutefois rapidement aperçu que ce montant avait été sous-évalué. Pour ne pas retarder l'avancement de PISA 2000, un premier crédit d'engagement de 6,3 millions de francs a été demandé et accordé en mars 2000 par la délégation des finances des Chambres fédérales. Entre-temps, le Groupement de l'armement (GDA) s'emparait du projet en tant qu'entrepreneur général, le client étant le groupe du personnel de l'état-major général (EMG), l'investisseur, le groupe de la planification de l'EMG. Le GDA passait alors un nouveau contrat avec IBM, la facture sautant de 19,6 millions à 31,6 millions. Mais bien vite encore, les liquidités sont venues à manquer. Le 12 février 2001, Samuel Schmid signait une demande – la seconde en un an – de crédit d'engagement, s'élevant, cette fois-ci, à 9,1 millions de francs.

La délégation des finances du parlement l'a examinée durant la session de printemps de Lugano. Elle lui a donné suite, non sans avoir fait part de son irritation: deux crédits additionnels en douze mois, la chose est peu commune, même s'il s'agit de liquidités permettant la poursuite des travaux et non pas, en principe, d'un surcoût de la facturation. Samuel Schmid, dans sa demande du 12 février, affirmait que «dans la perspective de la mise en œuvre d'Armée XXI, ce projet informatique [était] de la plus haute importance». Une projection financière due au groupe de la planification fait apparaître que le coût global de PISA 2000 pourrait se situer à 44 millions de francs en raison des développements d'Armée XXI.

L'inconnue MOMOFIS

PISA 2000 rencontre aussi des difficultés de management. Une nouvelle structure de direction du projet doit être mise en place d'ici au mois d'avril. Les cultures d'entreprise de l'administration et d'IBM se sont en effet révélées incompatibles. Les deux partenaires procéderont à des changements de têtes.

Par ailleurs, le groupe de la planification a bloqué la poursuite d'un autre projet informatique, nommé MOMOFIS et devisé à 15 millions de francs au plus. MOMOFIS devrait être lancé en juin, toutefois. Il s'agit d'un système de gestion des véhicules de l'armée.