Analyse

Rating des parlementaires: Genève à gauche, Valais au centre

Alors qu'au Conseil national, les groupes parlementaires se montrent de plus en plus compacts, le profil du Conseil des Etats traduit les différences de sensibilité entre Romands et Alémaniques

L’analyse du positionnement gauche-droite des sénateurs est plus difficile à faire au Conseil des Etats qu’au Conseil national, car elle repose sur une base de données plus fragile. En effet, seuls les votes finaux et les votes d’ensemble sont enregistrés de manière nominative aux Etats. Pour l’année écoulée, seuls 173 scrutins ont ainsi pu être pris en considération, et une bonne partie d’entre eux n’étaient guère disputés. Ces données suffisent néanmoins à donner une image nuancée du paysage idéologique de la Chambre haute.

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Le Conseil des Etats est moins soumis aux pressions des partis. Comme ses membres ne sont pas élus au système proportionnel mais selon le mode majoritaire (à l’exception de Neuchâtel et du Jura), ils sont plus indépendants et votent de manière moins uniforme. Conséquence: au sein de chaque groupe parlementaire, le spectre politique est plus large qu’au Conseil national.

Liliane Maury Pasquier la plus à gauche

Néanmoins, l’appartenance politique joue un rôle central dans le positionnement politique des membres du conseil sur l’axe allant de -10 (gauche) à +10 (droite). La socialiste genevoise Liliane Maury Pasquier reste clairement, avec la cote -8,3, la sénatrice la plus à gauche. Le Vert Robert Cramer (-7,5) occupe la deuxième place de ce côté-là de l’échiquier. Le canton de Genève est ainsi représenté au Conseil des Etats par un duo de gauche qui règne sans partage. 


INFOGRAPHIE. Positions politiques au Conseil des Etats

Sur une échelle gauche-droite de –10 à +10 (le rating repose sur les votes de la session d’hiver 2016 à celle d’automne 2017) 


Le Haut-Valaisan Beat Rieder (-1,2) et le représentant du Valais romand Jean-René Fournier (-1,0) incarnent très exactement le centre médian du Conseil des Etats: ils ont le même nombre de collègues sur leur droite que sur leur gauche. Le canton du Valais est ainsi, d’une certaine manière, celui qui peut faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre.

A l’inverse de Genève et du Valais, le canton de Saint-Gall offre le plus grand contraste politique. D’un côté, le président de l’USS Paul Rechsteiner (-6,9) mène clairement une politique de gauche. De l’autre, Karin Keller-Sutter (+2,0) défend clairement des valeurs libérales. Toutefois, contrairement à sa réputation de femme très ancrée à droite, elle l’est moins que huit de ses douze collègues libéraux-radicaux. Parmi ceux-ci, l’ancien président du parti Philipp Müller (+3,4). Lorsqu’il siégeait au Conseil national, il s’était rapproché du centre. Depuis son accession au Conseil des Etats, il a amorcé le mouvement inverse. Membre de ce groupe, le Vaudois Olivier Français (+1,0) est le seul Romand à se positionner à droite du centre. Le Neuchâtelois Raphaël Comte (-1,6) est le plus à gauche.

L'UDC peu représentée

La différence la plus marquante par rapport au Conseil national est la pauvreté du pôle de droite. L’UDC n’est représentée à la Chambre haute que par cinq personnes, dont aucun Romand. A l’extrémité se trouve Peter Föhn (+9,8). Rattaché au groupe UDC, l’indépendant Thomas Minder se positionne entre l’UDC et le PLR, entre lesquels existe une distance évidente.

Dans tous les groupes, les conseillers aux Etats romands sont plus à gauche que leurs collègues alémaniques. C’est le cas au PDC, où le spectre s’étend de l’Uranais Isidor Baumann (0,0) à la Jurassienne Anne Seydoux-Christe (-2,4). C’est aussi le cas au PS, dont la diversité va de Liliane Maury Pasquier à la représentante du courant social-libéral Pascale Bruderer (-5,2), un courant surtout répandu en Suisse alémanique et dont le Conseil des Etats pourrait bien être le dernier bastion.

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