Si le coronavirus pouvait être défait sur une épreuve de triathlon, le brigadier Droz nous en débarrasserait promptement. Sportif de niveau international, le chef d’état-major du commandement des Opérations est debout chaque jour à 4 heures – mais ce n’est pas de la faute à la crise actuelle, c’est sa routine personnelle.

Au lieu de sauter sur son vélo dès le potron-minet, ce stakhanoviste aux manettes de la mobilisation a toutefois dû troquer le sport matinal pour un écran d’ordinateur, pandémie oblige. Point positif: il se réveille à côté, puisque cet acharné en ordre de combat contre la pandémie a en partie élu domicile dans son bureau.

Discipline, loyauté, fidélité

A l’appel lors de chaque point de presse hebdomadaire du Conseil fédéral et de l’OFSP, Raynald Droz est généralement assis tout devant. Petit bouc grisonnant, coupe de cheveux impeccable, uniforme militaire parfaitement repassé: «Je fais toujours attention d’avoir une tenue correcte, souligne-t-il. Je suis discipliné et je trouve qu’il est important de montrer l’exemple.»

Natif d’Estavayer-le-Lac (FR) en 1965, où il habite avec sa femme et ses deux enfants, le Broyard de 54 ans est un parangon de vertu. «J’ai suivi les recommandations de ma maman, dit-il. Je n’ai jamais goûté à la drogue, même un kéké, et je ne suis pas non plus tatoué. On peut dire que j’aime les valeurs, la fidélité et la loyauté.» Sans pour autant faire le donneur de leçons. C’est sa manière de voir les choses, voilà tout.

Avant la crise, il rejoignait son bureau vers 5 heures du matin, lisait ses mails, partait deux fois par semaine nager de 6 à 7, retournait au bureau jusqu’à midi, ressortait courir trois fois par semaine sur sa pause repas, travaillait jusqu’au soir puis pédalait encore deux fois par semaine à la nuit tombée. Les week-ends étaient quant à eux réservés aux «entraînements longs».

Ce programme porte ses fruits: en octobre dernier, il se classe sixième de sa catégorie à l’Ironman de Barcelone après 9 heures et 37 minutes d’efforts. Juste insuffisant pour se qualifier pour l’épreuve reine d’Hawaï. «Mais j’ai vu que j’avais le mental pour y parvenir, souligne-t-il. Maintenant je me concentre sur la saison 2021, vu que les épreuves ont été annulées jusqu’au mois de juin.» On en oublierait presque que le but de l’appel n’est pas de discuter performances sportives.

Un marin sans mer

Car c’est bien pour son étoile de brigadier que Raynald Droz figure dans ces colonnes. Son travail actuel? «Planifier, coordonner et préparer la mobilisation. Puis porter les ordres à la décision du chef du commandement des Opérations, Aldo Schellenberg. Nouvellement, je défends aussi la mobilisation devant les médias.»

J'ai suivi les recommandations de ma maman. Je n'ai jamais goûté à la drogue, même un kéké, et je ne suis pas non plus tatoué

Raynald Droz

Ses capacités linguistiques font excellente impression dans cette dernière tâche. Quadrilingue accompli (français, italien, allemand et anglais), le militaire né d’un père suisse et d’une mère italienne passe une partie de son enfance sur les bords du lac de Garde, bercé par les histoires d’officier de marine de son grand-père maternel. Il décidera de lui emboîter le pas et, pendant cinq ans, il suit une formation civile en haute mer à Camogli (I).

Son brevet en poche, il revient cependant en Suisse – temporairement croit-il – pour effectuer son école de recrues. Il a 22 ans. La rencontre de sa future femme, qu’il épouse en 1992, changera la donne. «Elle m’a dit qu’elle ne se voyait pas faire sa vie avec quelqu’un qui passe la majorité de son temps au large.» La donnée d’ordre est reçue cinq sur cinq: celui qui passait ses étés sur des navires de marchandises suisses raccroche sa casquette de mousse et pose ses valises dans les Alpes. «J’ai quand même un petit bateau sur le lac de Neuchâtel», plaisante-t-il.

Il embrasse alors une carrière militaire qu’il dit «fascinante». Il complète un Master of Defense Administration à la Royal Military Academy de Shrivenham (GB) en 2003, puis deviendra entre autres officier adjoint de Christophe Keckeis, qui dirige l’armée entre 2004 et 2007, et chef d’état-major de Philippe Rebord, l’un de ses successeurs.

Servir et disparaître

Enfin, l’année dernière, il prend la tête de l’état-major de la nouvelle unité de commandement des Opérations. Dans ses attributions: la «gestion de crise». Le Covid-19 frappe peu après. Le brigadier se déploie. En mars, il planifie avec son équipe la plus grande mobilisation de soldats depuis la Deuxième Guerre mondiale. En une semaine.

«Jusqu’à 15 000 hommes avaient été déployés lors de l’Euro 2008, rappelle-t-il. Mais nous avions eu plus de deux ans pour nous préparer.» Ce timing serré représente cependant une chance, considère le Fribourgeois: «Montrer ce dont l’armée est capable.» Et il en est convaincu, elle en sortira grandie.

D’autant que sa présence sur le terrain pourrait durer: Viola Amherd réfléchit déjà à prolonger l’engagement au-delà du 30 juin. «Cela reste encore théorique. Mais comme on ne peut pas attendre le 27 pour commencer à planifier, nous avons déjà entamé les travaux en ce sens.» Une fois la crise terminée, il ne compte cependant pas rester sous le feu des projecteurs: «Je servirai et je disparaîtrai», dit-il. Du moins jusqu’au prochain Ironman.


Profil

1987 Diplôme d’officier de marine marchande.

1994 Diplôme de militaire de carrière.

2003 Master of Defence Administration.

2018 Promotion au grade de brigadier et nommé chef d’état-major du chef de l’armée.

2019 Nommé chef d’état-major du commandement des Opérations.


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