«Berne doit assumer »

Francine Jeanprêtre, conseillère d'Etat vaudoise, socialiste: «Le concept du financement de l'Expo était tordu dès le départ. J'ai toujours considéré qu'une manifestation à prétention nationale ne pouvait dépendre de l'économie. Les entreprises sont trop tributaires de la conjoncture et établissent forcément un rapport entre leur investissement et les retombées qu'elles peuvent en espérer. Nous tentons de monter une exposition qui présente un intérêt pour l'ensemble de la population et le monde politique doit en tirer les conséquences.

Les organisateurs de l'Expo ont besoin de sérénité pour se consacrer à l'essentiel, soit au contenu de l'événement. Le Conseil fédéral et les Chambres doivent assumer leurs responsabilités et donner les garanties financières qui s'imposent. On pourra alors espérer freiner un processus de désengagement artistique qui sape la capacité d'attraction d'Expo.02. Nous sommes ainsi aujourd'hui à un tournant fatidique. Mais pour sa part, le canton de Vaud ne pourra pas s'engager davantage.»

«Des explications!»

Michèle Berger-Wildhaber, Neuchâtel, conseillère aux Etats, radicale: «La défection des sponsors commence à m'inquiéter. J'ai peur d'une réaction en chaîne. Est-ce l'attitude de la direction de l'Expo qui est en cause? J'entends dire qu'elle a tendance à tout vouloir gouverner sans tenir compte des avis des autres. Nous avons besoin d'explications très claires. Je souhaite que Franz Steinegger puisse nous dire que l'Expo.02 aura bien lieu. Du côté des parlementaires fédéraux, j'ai assisté aux séances quand la garantie de déficit a été accordée, et je peux affirmer qu'ils ne toléreront plus de dépenses supplémentaires. Mais je reste une fan de l'Expo.»

«L'Expo vivra-t-elle?»

Charles Favre, conseiller d'Etat vaudois, conseiller national radical: «On assiste à la disparition de sponsors phares et c'est très inquiétant, d'autant que leurs raisons ne sont pas claires. L'impact de leurs départs est préjudiciable autant pour les finances que pour l'image d'Expo.02. C'est dommage pour Yverdon. Mais avant d'activer par anticipation la garantie fédérale de déficit, il faudra être sûr que l'Expo aura lieu, et ce ne sont pas les réactions rageuses des organisateurs qui y contribueront. Ce projet n'a pas su trouver une dimension fédératrice et cela se paie aujourd'hui. Mais je continue à croire encore en ce pays qui a besoin d'aller au terme des projets qu'il initie.»

«Un projet abscons»

Yves Guisan, conseiller national radical, Vaud: «Je crains pour l'avenir de l'Expo. Si les Chambres doivent voter un nouveau soutien financier, je crains qu'elles ne se cabrent. Le premier crédit de 338 millions a déjà été accordé avec une certaine réticence. Aujourd'hui, les défections des sponsors dénotent un manque de confiance préoccupant: on n'arrive toujours pas à savoir quel sera le contenu de l'Expo et ce qu'on en apprend semble abscons. Je ne suis pas sûr que les députés seront d'accord de débourser encore plus pour un projet auquel il semble bien difficile que Monsieur et Madame Tout-le-monde puissent s'identifier.»

«Je n'utiliserai plus Swissair»

Olivier Kernen, syndic socialiste d'Yverdon: «Le projet Universum que finançait Swissair était un des plus importants de l'arteplage d'Yverdon. Désormais je me demande comment Swissair ose usurper plus longtemps son nom, auquel s'attache une connotation nationale. Sa désinvolture est intolérable et je ne volerai plus jamais avec elle. A son échelle, ce retrait est une péccadille, pour nous c'est une catastrophe. Les organisateurs d'Expo.02 se démènent avec une belle énergie et il faut espérer que la Confédération acceptera de les soutenir une nouvelle fois. Et les entreprises romandes pourraient enfin faire le geste que l'on attend d'elles.»

«Et Nueva Friburgo?»

Michel Berger, chef du service culturel du canton de Fribourg: «Le retrait de SAirGroup nous touche directement puisque nous espérons que ce groupe facilitera la venue d'une centaines d'habitants de la ville brésilienne de Nuova Friburgo, qui doivent participer le 18 mai 2002 à notre journée cantonale dans le cadre de l'Expo. La démission d'Orange est également problématique: cette société devait financer un projet essentiel qui donnait sa cohérence à l'arteplage de Morat.»

«Un certain amateurisme»

Claude Frey, conseiller national radical, Neuchâtel: «En tant que Neuchâtelois, je souhaite que l'Expo réussisse. Pour le moment, je manque de renseignements sur la situation concrète, mais je trouve que les dernières nouvelles qui nous viennent d'Expo.02 portent le signe d'un certain amateurisme. Je ne serai pas celui qui portera l'estocade, mais je ne voterai pas une rallonge de crédit la tête dans le sac.»