Christoph Blocher (UDC): Ancien adversaire de Pascal Couchepin au Conseil fédéral, Christoph Blocher n’est pas tendre avec lui. Il lui reproche de quitter son poste au moment où il se trouve en grandes difficultés avec les institutions sociales.

«Monsieur Couchepin n’a pas travaillé en profondeur pour trouver des solutions», a critiqué l’ancien ministre UDC sur les ondes de la Radio suisse romande. Il a reproché au Valaisan de surtout vouloir augmenter les taxes, de prendre des mesures ici et là et de se retirer au moment où il est en difficulté. «Ce n’est pas bien, mais c’est comme ça»,

Christian Levrat, président du PS: «Dans la politique sociale, il était surtout un ministre du démantèlement. Et dans la politique de la santé, il laisse toute une série de chantiers ouverts, en priorité le problème de la hausse drastique des primes pour 2010. Pascal Couchepin a surtout été actif dans le domaine de la formation et de la recherche avec des réformes qui servent à la Suisse. Il a en outre dignement représenté la Suisse à l’étranger l’année dernière comme président de la Confédération, estime le PS.

Dominique de Buman, vice-président du PDC: Le bilan de Pascal Couchepin à la tête du Département fédéral de l’intérieur est mitigé, selon le vice- président du PDC Dominique de Buman. Les démocrates chrétiens se réuniront ce vendredi pour étudier la possibilité de revendiquer un 2e siège au gouvernement.

«La direction du PDC va analyser les différentes variantes possibles», a précisé le Fribourgeois. La situation sera examinée «dans la suite logique de ce qui a été dit ces derniers mois» au sein du parti. A savoir que le 2e siège radical au Conseil fédéral «n’est pas garanti».

Selon lui, les démocrates chrétiens ont une force comparable au PLR et il est donc légitime que la question d’un second siège se pose. Reste à savoir quand cette revendication serait la plus judicieuse.

Pascal Couchepin a été un homme d’Etat donnant la priorité aux valeurs démocratiques et républicaines, a souligné le vice- président du PDC. Egalement louées: la sérénité et la vision du Valaisan dans certains dossiers «ingrats» tels que l’AVS. L’action du ministre dans le domaine de la culture et des assurances sociales est par contre qualifiée de «en demi-teinte».

Toni Brunner, président de l’UDC: «Cette annonce ne nous surprend pas en soi. En revanche, le moment choisi, à savoir le dernier jour de la session, et alors que de nombreux dossiers restent ouverts, comme le financement additionnel de l’AI ou l’explosion sur le front des primes maladie, est un peu cavalier. L’UDC a le droit d’avoir un deuxième siège au Conseil fédéral. Mais tout reste ouvert. Une candidature de l’UDC n’est pas impérative. Nous allons entendre d’abord quelle sera la stratégie des radicaux, notamment sur la représentation bourgeoise au Conseil fédéral. Nous demanderons notamment aux radicaux s’ils seraient prêts à élire un second UDC au gouvernement.»

Maria Roth-Bernasconi, co-présidente des Femmes socialistes suisses, sur l’éventualité de l’élection d’une quatrième femme au Conseil fédéral: «Cela ne nous gênerait pas du tout, au contraire! Une majorité de femmes au gouvernement nous réjouirait. Le Conseil fédéral pourrait même compter sept femmes, même si, à priori, les collèges mixtes sont à mon avis les meilleurs. A compétence égale, les femmes socialistes favoriseront une femme. Mais attention, des considérations stratégiques pèseront évidemment dans la balance. Par ailleurs, être femme n’est pas un programme politique en soi. Nous allons auditionner les candidates et candidats sur leur conception de l’égalité, même si, bien sûr, nous n’attendrons pas d’une femme de droite qu’elle nous assure être une féministe convaincue.»

Jacques de Haller, président de la Fédération des médecins suisses (FMH): «Cela fait depuis février que la FMH réclame un renouvellement à la tête du Département de l’Intérieur, car les dossiers réclament une attitude constructive. Pascal Couchepin a certes réussi à boucler un certain nombre de dossiers importants, mais il semblait arrivé au bout de la période de créativité politique qu’il pouvait offrir. La FMH s’est certes montrée dure, car nous n’avons été ni entendus, ni respectés. Il n’en va toutefois d’aucune façon de problèmes personnels entre le conseiller fédéral et la FMH. Le système de santé a besoin d’un nouveau souffle, et nous pensons que les changements concomitants qui s’annoncent à la tête de l’Intérieur et de l’OFSP (ndlr: le directeur de l’Office fédéral de la santé publique Thomas Zeltner sera remplacé dès le premier janvier 2010 par l’actuel secrétaire général du DFI Pascal Strupler) devraient permettre ce nouveau départ. La FMH est donc prête à repartir sur des bases nouvelles de dialogue et de concertation. Enfin, pour ce qui est des mois à venir, Pascal Couchepin a lancé un certain nombre de projets, dont la taxe de consultation de trente francs qui sera débattue à l’automne, ou encore son intention de mettre fin à la propharmacie (vente de médicaments directement par les praticiens). Nous avons eu l’impression que le ministre a lancé des ballons avant de partir, et nous nous débrouillerons avec. Mais ces dernières semaines, l’ambiance semblait détendue.» Quel pourrait être le profil idéal du successeur de Pascal Couchepin, selon la FMH? «Qu’il montre une capacité à travailler de manière constructive avec les différents acteurs de la santé», conclut Jacques de Haller.

Nicolas Bideau, chef de la section cinéma de l’Office fédéral de la Culture: «Ce matin, je ressens de la tristesse. Je suis proche à la fois de l’homme politique et du citoyen. Il faut admettre que Pascal Couchepin a été un des hommes politiques les plus forts de ces dernières années. Il a en lui cet équilibre rare, qui est aussi un soucis constant chez lui: défendre à la fois une société libérale et les intérêts des plus faibles. Même s’il faut admette que sa personnalité avait tendance à occulter son soucis de défense des plus démunis.

Dans mon domaine, celui du cinéma, qui est l’un des plus importants de l’Office fédéral de la culture, Pascal Couchepin a également su donner un équilibre salutaire, préservant à la fois les intérêts du grand public et ceux des milieux du cinéma. Il m’a donné une ligne ambitieuse, claire, certes difficile à tenir, mais toujours pertinente. Une fois cette ligne donnée, Pascal Couchepin n’est jamais intervenu directement dans un dossier, une polémique ou autre chose. Il m’a laissé me débrouiller, même s’il était présent symboliquement à des rendez-vous importants, comme à Locarno et Soleure. Comme cette ligne est désormais bien établie, et solide, je ne me sens aujourd’hui pas plus vulnérable que je ne l’étais hier. Je ne vais pas soudain me retrouver dans une mer hostile avec des requins qui essaient de me manger ».

Ueli Leuenberger, le président des Verts: «Pascal Couchepin était un homme d’Etat impressionnant. Le Valaisan était le seul à savoir répondre à Christoph Blocher». Les Verts n’ont pas encore décidé s’ils brigueront un siège au gouvernement. M. Leuenberger a souligné que son parti était souvent opposé à la politique du ministre de l’intérieur, surtout en matière de santé. Autre critique: que les réformes en matière d’assurances sociales prônées par le conseiller fédéral ne soient pas parvenues à s’attirer une majorité de sympathisants. Pour ce qui est de la succession du Valaisan, le parti écologiste doit encore se réunir afin de décider s’il présentera un candidat. Si tel n’est pas le cas, le but principal des Verts sera d’éviter que les forces néolibérales n’aillent en augmentant au gouvernement.

Hans Grunder, président du Parti bourgeois démocratique (PBD): «Nous ne sommes pas vraiment surpris par cette démission. Avant de déterminer une quelconque startégie, nous attendrons de voir si l’UDC, comme elle l’a toujours répété, «attaquera» le siège qui se libère. Dans ce cas, nous discuterons avec les radicaux et le PDC de la meilleure façon d’empêcher l’élection d’un UDC. Car nous considérons que ce parti est le seul responsable de la situation dans laquelle il se trouve (ndlr: l’UDC avait exclu Eveline Widmer-Schlumpf).»

Jean-Frédéric Jauslin, directeur de l’Office fédéral de la culture:« C’est pour moi un moment de déception, même si cette démission n’est pas une surprise. Je regrette ce départ. Nous aurions encore pu beaucoup accomplir de choses ensemble. Même si beaucoup a été accompli ces dernières années, notamment pour les musées ou le cinéma. J’ai eu du plaisir à travailler avec lui. Cela n’a pas été toujours facile, bien sûr. Pascal Couchepin est un dirigeant exigeant. Mais il a toujours eu un engagement sans faille pour la politique culturelle de la Suisse. Il a fait en sorte que la culture soit un enjeu politique important et que le pays se dote d’une vraie politique culturelle.

On en arrive ici à une réalité qui a toujours été une énigme pour moi: le décalage entre l’intérêt sincère de Pascal Couchepin pour la culture et son image publique, a priori pas concernée par ces enjeux de l’esprit. Alors même qu’il est un vrai homme de culture, un énorme lecteur passionné d’histoire et de littérature. Il est intéressé par le cinéma, par les arts plastiques aussi. Il m’a toujours impressionné par son savoir. Mais, mystère, l’ampleur de ce savoir n’a jamais été bien saisie par le grand public ou les milieux politiques.

Je ne suis pas inquiet pour l’avenir. D’abord parce que la culture est désormais un phénomène incontournable dans une société comme la nôtre. Et ensuite parce que je suis sûr que la personne qui succédera à Pascal Couchepin aura une oreille ouverte à la culture»