La Suisse essuyer une vague de réactions négatives après la décision du peuple suisse, ce dimanche, d’interdire la construction de minarets.

La haut-commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme a été la première a donner le ton. Cette interdiction «est discriminatoire, divise profondément (la société) (...) et risque de mettre la Suisse en contradiction avec ses engagements internationaux» a averti dans un communiqué Navi Pillay.

«J’hésite à condamner un vote démocratique, mais je n’ai aucune hésitation à condamner les campagnes attisant la peur de l’étranger dans de nombreux pays, dont la Suisse, qui permettent de tels résultats», a-t-elle déclaré.

La haut-commissaire a rappelé que le Comité des droits de l’homme de l’ONU avait averti le 3 novembre dernier qu’une interdiction des minarets constituerait une violation des engagements souscrits par la Suisse dans le cadre de la Convention de l’ONU pour les droits civils et politiques.

En Suisse, la Communauté islamique de Langenthal (BE) a annoncé dès dimanche soir qu’elle était prête à aller jusqu’à Strasbourg pour défendre son droit au libre exercice de la religion si les autorités s’appuient sur l’initiative pour refuser leur demande de construction d’un minaret.

Les Verts envisagent également de recourir à Strasbourg mais contre l’initiative elle-même, qu’ils jugent «anti-constitutionnelle et discriminatoire».

Difficultés strasbourgoises

Le président de la Cour européenne des droits de l’homme, Jean-Paul Costa, doute de son côté que l’interdiction des minarets finisse devant les juges des Strasbourg. Selon lui, le problème est «compliqué au niveau juridique».

Avant de pouvoir saisir la Cour, les plaignants doivent d’abord avoir épuisé toutes les voies de recours dans leur pays - mais cela n’est pas possible en Suisse. Or «il n’est pas possible de saisir le Tribunal fédéral contre le résultat d’un vote populaire», a expliqué M. Costa devant des journalistes à Bruxelles.

Se pose également la question de savoir qui a le droit de faire recours contre le résultat de cette votation. «Un cas ne peut être porté devant la Cour que par quelqu’un qui est la victime directe de la décision», explique-t-il. Cela ne concerne qu’une catégorie particulière de personnes, comme «une association suisse de musulmans qui se seraient vu nier le droit de construire un édifice religieux», ajoute-t-il.

Turquie, Iran et Pakistan inquiets

L’Iran également, dénonce un vote «discriminatoire». Le résultat des votations fédérales de dimanche contredit le principe de liberté religieuse prôné par l’Occident, a déclaré le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères, Ramin Mehmanparast.

En Jordanie, le Front de l’action islamique (FAI), branche politique des Frères musulmans et principal parti d’opposition du pays, voit dans ce vote une «insulte aux musulmans et une violation des droits de l’Homme». Le FAI a appelé le Conseil fédéral à reconsidérer sa décision «immorale» afin de «préserver ses relations avec le monde musulman».

Selon le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, le vote du peuple suisse est «le reflet de la montée d’une vague de racisme et de l’extrême droite en Europe». Il a souligné que «l’islamophobie est un crime contre l’humanité», et a appelé le Conseil fédéral à réparer cette «erreur». Le ministre pakistanais des affaires étrangères, Shah Mahmood Qureshi, a lui aussi espéré que le gouvernement suisse revienne sur cette décision.

Le Conseil de l’Europe réagit

Le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini a pour sa part estimé qu’il «pouvait être dangereux d’interdire une religion». Suite à l’acceptation de ce texte, les Nations unies pourraient être tentées de déplacer certaines de leurs activités hors de Suisse, a mis en garde son homologue suédois Carl Bildt.

La Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI), une instance du Conseil de l’Europe, a également estimé que le vote de dimanche aboutira à une discrimination des musulmans et portera atteinte à leur liberté de religion.

Cette initiative «viole les droits de l’homme» et son acceptation risque «de stigmatiser davantage les personnes appartenant à la communauté musulmane et d’augmenter les préjudices à leur encontre», écrit l’ECRI. Le «oui» de dimanche est «difficilement conciliable avec les efforts faits afin de combattre les préjugés et les discriminations dans le pays ces dernières années».