minarets

Réactions officielles, le verbatim

Le gouvernement, Jacqueline de Quattro, David Hiler, Oskar Freysinger, l’Union patronale suisse, les Verts

Le communiqué officiel du Conseil fédéral

«Le Conseil fédéral respecte cette décision. La construction de nouveaux minarets est désormais interdite en Suisse. Les quatre minarets existants ne sont pas concernés. Il reste également possible de construire des mosquées. Les musulmans de Suisse peuvent donc toujours pratiquer leur religion (... ) Le Conseil fédéral et une nette majorité du Parlement s’étaient prononcés contre l’initiative».

Pour la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, cheffe du Département fédéral de justice et police (DFJP), le résultat de cette votation est l’expression de certaines craintes au sein de la population au sujet des courants islamistes extrémistes qui rejettent les traditions de notre Etat et pourraient ne pas respecter notre ordre juridique. Ces craintes doivent être prises au sérieux (...) La paix religieuse est un élément essentiel du modèle qui a fait le succès de la Suisse. Le dialogue entre les groupes religieux et sociaux et les autorités doit se poursuivre et se renforcer. Et pour que ce dialogue soit ouvert et constructif, il doit impérativement se bâtir sur le respect et l’ouverture à l’égard de celles et ceux qui professent d’autres opinions.

A noter que ce communiqué existe aussi en version arabe sur le site du Conseil fédéral.

Jacqueline de Quattro

(Avec notre correspondant Marco Danesi) La conseillère d’Etat vaudoise radicale s’est exprimée à titre personnel sur le résultat de l’initiative anti-minarets, en marge des résultats du Non vaudois à la prolongation illimitée de la centrale nucléaire de Muehleberg. L’élue radicale a manifesté toute sa préoccupation. Elle a également fait part de ses craintes devant un résultat qui pourrait menacer la paix confessionnelle et la cohésion nationale. La magistrate s’est inquiétée du préjudice que le scrutin de ce dimanche pourrait porter à l’image de la Suisse sur la scène internationale. Elle a également salué le Non vaudois à l’initiative, refusée par 53% des votants.

David Hiler: «Fier du vote genevois, inquiet du vote suisse»

(Avec Cynthia Gani) Le président écologiste du Conseil d’Etat genevois est revenu devant la presse sur les résultats de la votation

«Le Conseil d’Etat est satisfait et fier du vote des Genevois, qui n’était pas acquis. Dans notre canton qui compte un minaret, les gens ont compris que l’on peut respecter à la fois l’Etat laïc et la liberté religieuse pour autant qu’ils n’empiètent pas l’un sur l’autre. C’est un message clair vis-à-vis des musulmans qui résident ou travaillent ici, dans le cadre de la Genève internationale: la Cité n’a rien contre eux. Nous pouvons être fiers de cette Genferei et nous réjouir de vote des Vaudois. Cela démontre que la région que nous construisons ensemble est basée sur des valeurs communes, et elle mérite plus que jamais que nous la développions main dans la main.

En revanche, nous sommes déçus et inquiets par rapport au vote suisse. Il montre qu’une partie non négligeable des Suisses vit davantage dans la crainte que dans l’ouverture, qu’elle choisit le repli sur le passé plutôt que le monde tel qu’il sera dans vingt ans. Ce scrutin aura un impact sur l’économie nationale. Il faudra beaucoup de persuasion du Conseil fédéral pour réduire les effets nuisibles d’une telle décision. Ce vote va susciter des réactions vives, comme ce serait le cas si des pays musulmans se prononçaient contre contre les clochers des églises. Le capital sympathie de la Suisse, qui était déjà bien entamé, n’en sortira pas renforcé. Il faudra autant d’énergie pour rappeler à nos différents partenaires, les entreprises, la Genève internationale, que Genève a clairement confirmé par son vote qu’elle est une ville d’accueil digne de l’honneur qui lui est fait. Nous serons fixés sur les conséquences touristiques dès l’été prochain. Il faudra pas mal d’années pour faire oublier ce vote à la Genève internationale, qui est le véritable enjeu à long terme. Le nouveau Conseil d’Etat, qui entre en fonction le 7 décembre, va s’empresser de parler aux pays concernés pour les réassurer sur l’ouverture de Genève. Il faudra valoriser le fait qu’un certain nombre de cantons, comme Genève, a dit non».

Oskar Freysinger: « Je suis surpris du résultat»

(Avec Sylvie Arsever) Le Conseiller national UDC a répondu aux question du Temps. Extraits

« Je suis surpris du résultat. Tous ces dernier jours, j’ai évoqué une probabilité de 45% de Oui . C’est un très bon résultat. Le symbole même de la démocratie. Le peuple a fait acte de souveraineté, tout seul, face à un establishment politique presque unanime – même l’UDC nous soutenait très mollement . Le débat a eu lieu et le peuple a exprimé un souci face à l’islam qu’il faudra prendre en compte ».

«Il faut que les musulmans comprennent qu’ils sont parfaitement libres de continuer à pratiquer leur foi dans le domaine privé. Je suis actuellement à la mosquée de Lausanne pour la fête du mouton. C’est ce que je leur ai dit : la religion en Suisse est un choix libre de l’individu et doit le rester. (...) Tout est parti de Wangen, où la majorité de la population ne voulait pas d’un minaret qui lui a été imposé par le Tribunal fédéral. Ça ne pourra pas se reproduire : c’est ce que nous voulions. Et puis, d’ici 30 ou 40 ans, l’islam aura fait sa mue et il n’y aura plus de problème. Il faut que l’islam ait son siècle des Lumières. »

Le patronat: «Vexatoire, nuisible et fondamentalement contraire à nos valeurs»

(ATS) L’Union patronale suisse déplore l’acceptation de l’initiative contre les minarets. L’interdiction des minarets est «contraire à la liberté de religion et vexatoire à l’égard des musulmans généralement bien intégrés», déplore l’Union patronale dans son communiqué. Elle est «fondamentalement contraire» à son credo libéral.

Le oui du souverain affecte l’image d’ouverture et de tolérance dont jouit la Suisse, précise l’Union patronale. Des relations commerciales représentant d’importants marchés d’exportation sont menacés. «D’éventuelles mesures de boycott risquent de faire perdre des emplois à la Suisse».

■ Les Verts : «Un coup de poing en pleine figure»

(ATS) Les Verts vont étudier la possibilité de saisir la Cour européenne des droits de l’Homme après l’acceptation de l’initiative contre les minarets. Ueli Leuenberger, leur président national, l’a confié à l’ATS. «Les musulmans de Suisse n’ont pas reçu une claque, mais un coup de poing en pleine figure». Ueli Leuenberger est consterné par la décision du peuple suisse. C’est le résultat d’«une propagande extrêmement bien faite, qui a joué sur les préjugés».

Les Verts ont fait ce qu’ils ont pu, note leur président. Ils auraient souhaité une campagne unitaire beaucoup plus forte. Mais cela n’a pas été possible, car certains partis veulent mener campagne seuls pour mobiliser leur électorat.

L’initiative contre les minarets est anti-constitutionnelle, précise Ueli Leuenberger. Il veut par conséquent étudier la possibilité de saisir la Cour européenne des droits de l’Homme, à Strasbourg.

Publicité