Attentat de Nice

Réagir ou non? Le malaise des musulmans de Suisse

Les communautés musulmanes se sont peu fait entendre après ce nouvel attentat. Certaines personnalités disent se sentir mal à l’aise à devoir se justifier, mais d’autres regrettent ce silence

C’est un coup de gueule qui a fait peu de bruit, et pourtant: le vice-président de la Conférence des imams de France, Hocine Drouiche, a annoncé sa démission. La raison? Le silence des musulmans de France au lendemain de l’attentat de Nice. Sur un réseau social, il écrit: «tristesse et colère contre l’extrémisme et les extrémistes mais aussi contre les institutions musulmanes en France qui se contentent du rôle de spectateur! Je vais déclarer ma démission et mon rejet à ces institutions incompétentes qui ne font rien pour la paix sociale et qui ne cessent de répéter que l’extrémisme n’existe pas car ce sont les médias qui le créent.»

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Et en Suisse, quelles sont les réactions? De manifestations d’envergure, point. Les mosquées et communautés diverses se sont contentées d’afficher sur leur site la condamnation de cet attentat. A l’exception du Conseil central islamique suisse (CCIS), d’obédience salafiste, qui sans surprise ne fait pas mention de l’attentat de Nice, lui préférant la condamnation de tentative de coup d’Etat militaire en Turquie. Son président, Nicolas Blancho, n’a pas répondu à notre sollicitation.

Ces absences de réactions et cette frilosité blessent Hafid Ouardiri, directeur de la Fondation pour l’Entre-connaissance: «On ne devrait pas garder le silence, car celui-ci finit par devenir accusateur.» D’autant plus que le moyen d’encourager l’expression était tout trouvé: «J’aurais souhaité que les imams, après la prière de vendredi, demandent aux fidèles de sortir et de manifester pour dénoncer ces actes terroristes commis au nom de l’islam.» Son espoir n’aura pas été satisfait.

«Nous sommes fatigués de devoir nous justifier de quelque chose qui n’a rien à voir avec nous»

Pourquoi? Président de l’Union des associations musulmanes (UVAM), Pascal Gemperli est partagé: «D’un côté, nous sommes fatigués de devoir nous justifier de quelque chose qui n’a rien à voir avec nous. De l’autre côté, nous observons que nos concitoyens nous le demandent, car apparemment cela ne va pas de soi pour eux que nous sommes contre la terreur.» En pleine réflexion, il ne sait pas encore s’il participera à une manifestation niçoise.

Quand on lui fait observer que les terroristes s’appuient sur l’islam et pas sur une autre religion pour commettre le pire, il rétorque que «cela est vrai, tout comme il est vrai qu’ils ne sont pas représentatifs en regard du nombre de musulmans dans le monde, dont la quasi-totalité réprouve ces actes». Une autre chose le chiffonne: «Si on voulait manifester de manière sérieuse, il faudrait aussi le faire après les attentats commis au Moyen-Orient. Mais personne ne nous le réclame.»

Un malaise palpable, que ne partage toutefois pas l’imam progressiste bernois Mustafa Memeti. Pour lui, il est urgent de tout faire pour ne pas laisser une idéologie mortifère s’introduire dans les associations. Il plaide pour une réforme des institutions musulmanes, qui souffrent de «clanisme». «Nous devrions trouver un nouveau concept, des structures démocratiques et une instance religieuse centralisée. Ainsi, nous aurions une vue sur les imams, le contenu de leurs prêches et les lieux de culte, alors que pour l’instant, c’est l’anarchie.»

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