Décryptage

La réalité derrière la photo choc de la «Weltwoche»

L’hebdomadaire alémanique «Wochenzeitung» a retrouvé au Kosovo le petit garçon qui posait l’arme à la main en une de la «Weltwoche». Mentor M. est loin d’être un criminel

«Les Roms arrivent: invasion en Suisse»: l’hebdomadaire alémanique «Wochenzeitung» (WOZ) n’a pas du tout aimé la une de la «Weltwoche» du 5 avril, illustrée par un enfant rom posant pistolet à la main.

La «WOZ» a donc retrouvé l’enfant en question, Mentor M., dans un village kosovar. Les journalistes du magazine ont découvert une tout autre réalité que celle dépeinte par la «Weltwoche»: dans ce ghetto rom de l’ouest du Kosovo, soutenu par Caritas, où vivent 800 personnes, Mentor et sa famille sont loin d’être des criminels. «Nous sommes des gens honnêtes et ordinaires, lâche Rexhep, le père de Mentor. Mais nous n’avons pas de travail et presque rien à manger.»

Photo trompeuse

Aujourd’hui, Mentor a presque 9 ans. La photo choisie par la «Weltwoche» remonte à 2008. Embarqué avec les troupes de la KFOR, le photographe italien Livio Mancini est tombé sur Mentor qui jouait avec un faux pistolet, une scène courante dans les pays ravagés par la guerre. Mentor ne se souvient même plus d’avoir posé pour le photographe. Quant à la menace «d’invasion» rom en Suisse que la photo est censée illustrer, elle paraît tout à coup bien irréelle: ni Mentor ni sa famille n’ont jamais quitté le Kosovo.

Quotidien simple

Rexhep, le père de Mentor, vit avec 75 euros par mois, une aide de l’Etat qui disparaîtra d’ici à deux mois. Après, il faudra bien trouver du travail, dans un Kosovo où le salaire mensuel moyen avoisine les 200 euros. Mentor, quant à lui, est à l’école, comme tous les petits garçons de son âge. Sa matière préférée est le dessin. Toute la famille est déboussolée par l’utilisation que la «Weltwoche» a faite de la photo de Mentor. Ils ne comprennent pas qu’on ait pu s’en servir pour faire peur. Et envisagent de déposer plainte.

Pour Mentor, la mésaventure aura peut-être quand même une conséquence positive. Quand le journaliste de la «WOZ», Carlos Hanimann, lui a demandé quel métier il aimerait faire plus tard, il a hésité, puis répondu… «journaliste».

L’article complet de la «WOZ» paraîtra jeudi.

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