Vaud

Rebecca Ruiz, trop forte pour un second tour

Le retrait des deux autres candidats encore en lice au second tour, l’UDC Pascal Dessauges et le PDC Axel Marion, installe la candidate socialiste Rebecca Ruiz au château cantonal. La majorité de gauche au gouvernement reste intacte, tandis que la majorité féminine se renforce encore, confirmant son statut d’exception suisse

«Pris de court», le Conseil d’Etat n’était pas réuni au complet mardi à midi pour accueillir leur nouvelle collègue sur l’esplanade du château Saint-Maire, la désormais ministre Rebecca Ruiz. Seule la présidente du gouvernement vaudois, Nuria Gorrite, accompagnée du chancelier d’Etat, Vincent Grandjean, ont fondu leurs applaudissements dans ceux des députés socialistes, sortis de leur séance du Grand Conseil pour l’occasion. «Le Conseil d’Etat vaudois se réjouit de votre élection. Nous sommes convaincus que vous exercerez vos fonctions avec la même intégrité, détermination et force de travail que vous l’avez fait dans vos précédentes fonctions politiques», a prononcé en mots de bienvenue Nuria Gorrite, heureuse.

Rebecca Ruiz, en session parlementaire à Berne, était, elle, revenue en vitesse à Lausanne une heure plus tôt, lorsqu’en même temps que tous elle apprenait que son candidat rival abandonnait la partie. «Une décision courageuse», commentera-t-elle. Deux jours après le premier tour de l’élection complémentaire au Conseil d’Etat vaudois, la socialiste de 37 ans remporte alors tacitement la campagne. Elle siégera dans sa première séance du gouvernement le 8 mai 2019, après que son département lui aura été attribué.

Scénario catastrophe pour la droite

Avec l’appui des Verts, la candidate à la succession de Pierre-Yves Maillard a gagné celui de 67 683 Vaudois et devançait de 13 000 voix l’UDC Pascal Dessauges. «Un score de second tour» pour la candidate socialiste, «une catastrophe» pour le parti de la droite traditionaliste qui «n’imaginait un tel écart dans aucun de ses scénarios».

Lire l'article lié: La porte des exécutifs romands reste fermée pour l’UDC

«Le soutien des instances dirigeantes du PLR n’a pas fait mouche auprès de la base de leurs électeurs. Il y a 10 000 voix qui me manquent au centre droit, 10 000 électeurs PLR qui n’ont pas voté pour moi», compte Pascal Dessauges. «Je pense aux 53,4% des Vaudois qui ne se sont pas prononcés en faveur de Rebecca Ruiz et qui se retrouvent le bec dans l’eau, continue-t-il. Ils doivent prendre acte, comme moi, de notre défaite. Ma décision n’est ni lâche ni courageuse, elle est responsable. Nous évitons ainsi aux contribuables vaudois les dépenses liées à l’organisation du second tour, soit environ 500 000 francs.» Le retrait en rase campagne du candidat UDC marque peut-être la fin de la stratégie d’alliance – jusqu’ici perdante – de la droite vaudoise. C’est une véritable rupture qui a eu lieu mardi matin dans le jeu politique vaudois.

Lire notre éditorial: L’UDC vaudoise avait une guerre de retard 

Un préfet qui n’aurait pas envie de «se mettre son employeur à dos»

Arrivé troisième avec 6% des voix, le candidat du PDC, Axel Marion, a renoncé lui aussi à maintenir sa candidature. Il concède «une frustration» pour l’électorat du centre droit. «Les Vaudois méritaient une meilleure alternative et sont laissés en rade. L’échec de l’alliance de droite démontre que le soutien du PLR à ma candidature aurait été une piste plus porteuse.» Il lit dans le repli de Pascal Dessauges un choix stratégique pour sa carrière professionnelle. «Le second tour aurait forcément dû être plus agressif et Pascal Dessauges, en tant que préfet, n’avait pas envie de se mettre à dos son employeur, l’Etat de Vaud. La partie étant perdue, il s’évite ainsi des ennuis.»

Une fois le choc passé, celui d’être ainsi projetée avec trois semaines d’avance vainqueur de la campagne, Rebecca Ruiz prend le temps de trinquer à sa victoire. Entourée de conseillers d’Etat qui l’ont enfin rejointe, elle laisse entrevoir le visage du nouveau gouvernement. Avec l’arrivée de Rebecca Ruiz au château, il sera composé de cinq femmes, une première en Suisse. Il restera à majorité de gauche avec trois ministres socialistes et une verte, contrebalancées par trois PLR. Pierre-Yves Maillard remettra officiellement ses fonctions le 3 mai à minuit.

La Lausannoise, criminologue de formation, vivra cette semaine sa dernière session parlementaire au sein du Conseil national, à Berne. Depuis 2017, elle siège à la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique ainsi qu’à la Commission de l’immunité, après être passée par la Commission des affaires juridiques. C’est au député de la vallée de Joux Nicolas Rochat Fernandez, le premier des viennent-ensuite sur la liste des élections fédérales de 2015, que reviendra sa place. S’il l’accepte, il y siégera durant deux sessions parlementaires avant les élections fédérales d’octobre.


«Je serai une ministre à l’écoute de la société»

La conseillère nationale prendra officiellement ses nouvelles fonctions de ministre vaudoise lors de son assermentation le 7 mai. Elle dit l’honneur et la responsabilité qu’amène un tel poste

Le Temps: La campagne s’arrête au premier tour et vous êtes élue tacitement. Etes-vous déçue de ne pas pouvoir vous battre jusqu’au bout?

Rebecca Ruiz: Non, ce n’est pas de la déception que je ressens aujourd’hui! On était préparés à mener cette bataille jusqu’au bout, mais je suis très heureuse de cette élection tacite. Le score que j’ai eu dimanche, 46,59%, s’apparente à celui d’un second tour. Je salue le courage qu’a eu mon adversaire politique de se retirer.

On vous considère comme la candidate de la modernité, par opposition à Pascal Dessauges. Comment incarnerez-vous cela au Conseil d’Etat?

Je suis une femme de 37 ans qui a toujours travaillé, qui a façonné sa carrière politique tout en élevant ses enfants. Je continuerai à me battre pour l’égalité hommes-femmes, et pour que les femmes s’engagent massivement en politique. Je veux être une conseillère d’Etat à l’écoute des évolutions et des demandes de la société.

Quelle sera votre première action au gouvernement?

Je ne peux pas vous répondre, car le collège gouvernemental décidera du département qui m’incombe. Je me suis présentée dans le cadre de cette élection en mettant en avant les thèmes de la protection de l’environnement, la poursuite d’une politique sociale et sanitaire qui soit accessible au plus grand nombre et qui réponde aux besoins de notre population. La conciliation de la vie professionnelle et de la vie privée me tient également à cœur. Toutes les valeurs qui m’habitent, depuis quinze ans que je fais de la politique, je les porterai au Conseil d’Etat.

Vous n’avez pas exercé de fonction exécutive en politique jusqu’à présent. Voyez-vous cela comme une gêne?

Non, je le perçois comme un défi. Je vais m’atteler au plus vite au travail pour endosser cette nouvelle fonction et entrer dans les dossiers. Cette élection représente beaucoup d’honneur pour moi et une grande responsabilité. A.S.

Publicité