éditorial

Le recentrage du Conseil d’Etat genevois représente un défi pour la gauche

Le Parti socialiste a gagné un siège au gouvernement. Cette victoire va obliger son camp à faire bouger les lignes à l’interne sur des dossiers importants pour l’avenir du canton

Les Genevois sont des électeurs conséquents. Après avoir rééquilibré le Grand Conseil, ils ont procédé à la même opération avec le Conseil d’Etat. D’une majorité de droite (deux PLR, deux PDC, une PS, un Vert et un MCG), le gouvernement est passé à une égalité des forces (trois représentants de l’Entente, trois de l’Alternative et un MCG). Les deux niveaux de pouvoir se répondent.

L’harmonie règnera-t-elle pour autant au sein du Conseil d’Etat? Les jours qui viennent seront cruciaux pour répondre à cette question. Le Conseil d’Etat fraîchement élu est composé de politiciens qui collaborent depuis cinq ans, et de deux nouveaux, la PLR Nathalie Fontanet et le socialiste Thierry Apothéloz, réputés pragmatiques et à l’écoute.

Il faut désormais que ces magistrats démontrent, notamment par leur programme de législature et la répartition des départements, qu’ils ont bien l’intention de faire passer l’intérêt de leurs partis respectifs après celui du canton. L’affrontement ne peut plus avoir cours au sommet de l’Etat.

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La présidence de ce collège est déjà promise au PLR Pierre Maudet, élu au premier tour. La dimension nationale qu’il a acquise lors de sa campagne malheureuse pour le Conseil fédéral l’oblige à diriger en évitant les confrontations stériles. Berne aura en quelque sorte les yeux rivés sur Genève. Les ennemis du ministre de la Sécurité aussi.

Consensus à réaliser

Ce mouvement de recentrage est porteur de promesses. Il représente une victoire pour la gauche, qui a conquis un siège. Mais aussi un défi pour ce camp politique. Sur plusieurs dossiers qui engagent l’avenir du canton, le Parti socialiste et Ensemble à gauche ont été plus que rétifs durant les cinq dernières années à faire un pas vers des solutions négociées.

Avec trois conseillers d’Etat, la gauche devra faire bouger les lignes au sein de son propre camp afin de réaliser un consensus concernant les réformes de la fiscalité des entreprises, de la grille salariale de la fonction publique et de la caisse de pension des fonctionnaires. On comprendrait mal qu’une fraction du Parti socialiste s’oppose aux décisions de ses ministres.

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Ce dimanche d’élection a été fatal à Luc Barthassat. Personne ne l’aurait imaginé il y a douze mois, tant le conseiller d’Etat chargé des Transports semblait populaire. Sa personnalité franche et directe avait permis au PDC de gagner un siège en 2013. C’est cela même qui a perdu le ministre. Trop brouillon, trop bruyant, trop grossier. C’est l’autre message des électeurs: la transgression permanente ne paie pas.

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Après Eric Stauffer à Onex, Oskar Freysinger en Valais, Luc Barthassat est tombé, car il ne s’est pas comporté en magistrat digne de ce nom. Passe encore de rencontrer des échecs dans son action politique, fût-ce dans le domaine maudit de la circulation à Genève. Mais se défausser sur ses prédécesseurs, sur l’administration, sur ses adversaires politiques est une attitude peu respectable. Espérons que les nouveaux conseillers d’Etat auront compris la leçon.

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