2 août 2011: les Etats-Unis vivent une crise exceptionnelle, parce que démocrates et républicains se battent comme des chiffonniers au sujet de la dette du pays.

Aux nouvelles sur la TSR, on fait un peu de micro-trottoir à Washington. Une citoyenne américaine ose cette remarque superbe: «Quand je vote pour un leader, ce n’est pas pour qu’il fasse ce que je veux, mais ce qui est le meilleur pour le Pays.» J’ai immédiatement noté la phrase et je guette depuis lors une profession de foi de la part de nos candidats aux élections fédérales de cet automne.

Certes, nous n’avons pas de «leader» à élire en Suisse. Le système politique ne s’y prête pas – et c’est tant mieux. En revanche, on se languit d’entendre les candidats oser dire qu’ils s’efforceront de travailler pour le bien du Pays et non pas seulement pour celui de leur parti, voire pour celui de leur petite poignée d’électeurs.

Personne n’a évidemment jamais pu définir le bien du Pays, c’est-à-dire le bien commun d’une collectivité nationale. La notion varie d’ailleurs selon l’option politique de celui qui entend la définir. Mais la recherche du bien commun est d’abord une démarche et un état d’esprit. C’est la volonté et la capacité d’essayer de penser à l’ensemble des préoccupations, des besoins, des particularités de la collectivité que l’on est censé gérer. Qu’il s’agisse du Parlement ou du Gouvernement, la démarche est la même. Ce sont les outils à disposition qui varient. Et nous touchons là à la nocivité et au danger que représentent les partis monomaniaques ou la tendance qui veut que l’on essaie de se faire élire au moyen de la réaction aux sondages. Ceux-ci indiquent assurément une préoccupation momentanément dominante dans une population, mais ce que l’on attend des élus, c’est qu’ils soient capables, quand ils cherchent une solution dans un domaine, d’envisager et de formuler les conséquences de cette solution par rapport aux autres besoins de la communauté. C’est ce que n’ont pas fait tous ceux qui ont récupéré le drame de Fukushima pour «sortir du nucléaire» tout de suite, sans la moindre réflexion d’ensemble, c’est ce qu’ont oublié tous ceux qui n’envisagent une augmentation des revenus d’un pays que par le biais d’une ponction sur les «riches», sans se demander un instant si ceux-ci vont rester pour se faire tondre à un moment où les fortunes mobilières cherchent et parviennent à croître «hors sol». C’est encore ce que négligent ceux qui veulent «simplement» mettre fin aux accords de libre circulation des personnes, mais aussi ceux qui ne veulent voir dans la population étrangère que l’intérêt de l’économie ou que l’accueil humanitaire et méprisent ainsi les inquiétudes d’une partie de la population. C’est enfin, en Suisse en particulier, ceux qui voient le salut dans le «tout à Berne», tellement plus égalitaire et tellement moins… «bien commun»!

Les nouvelles technologies, les nouveaux moyens de communication ont fantastiquement accéléré la prise de conscience des problèmes et l’élargissement géographique de ces derniers. Mais le bien commun n’est pas d’abord mondial, il est d’abord national, fonction d’une communauté de personnes qui ont une histoire, une culture, une tradition, un futur imaginable communs. Et puis, ce bien commun, il exige une maturation, un temps de réflexion. Il s’est forgé peu à peu, il évolue de même. Ceux qui le cherchent et veulent le servir doivent être animés d’une connaissance et d’un respect lucides du passé, d’une capacité d’espoir, d’imagination, d’humilité, d’effort et de dialogue. L’engagement politique exige une préparation et non pas simplement un coup de gueule au moyen d’une initiative populaire. Notre système démocratique est fabuleux, mais dévoyé par ceux qui confondent la liberté d’opinion avec la récolte de signatures en période électorale. La médiatisation, que nous ne savons pas encore maîtriser, favorise la prostitution partisane au détriment de la recherche du bien commun. * Ancienne conseillère nationale libérale.