L’énigme du tombeau de la reine Berthe s’obstine à tenir tête aux historiens. La reine bourguignonne du Xe siècle, dont le destin est lié à la plus grande église romane de Suisse, l’abbatiale de Payerne, a toujours fait l’objet de fantasmes et de projections, vu l’absence de sources historiques fiables. La première exhumation des ossements «authentiques» de la reine Berthe date de 1817.

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Deux cent quatre ans après, le 20 mai de cette année, le tombeau de l’église paroissiale était ouvert et toute la presse était conviée. A l’intérieur, on découvrait un crâne complet avec 18 dents, une paire de premières côtes soudées avec le manubrium, l’ensemble des os du bassin, ainsi que les deux fémurs et les deux tibias, et tout fut envoyé en analyse. Le résultat vient de tomber: il s’agit d’un homme d’âge moyen, entre 30 et 60 ans. Le doute n’est donc plus possible, ce n’est pas Berthe qui a été transposée en 1818.

L’analyse de datation au radiocarbone, effectuée grâce à un prélèvement sur le fémur gauche, confirme également qu’il ne peut pas s’agir de Berthe, puisque qu’elle révèle que l’individu retrouvé a vécu au XVe siècle, entre 1420 et 1495, soit cinq siècles après la période de vie de la reine Berthe, décédée en 961. Cette datation est donnée avec un taux de fiabilité de 94%.

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Un emplacement «qui ne collait pas» 

Reste à savoir où se trouve la reine Berthe qui, selon plusieurs sources écrites, a été enterrée sur le site. Selon les experts, il demeure deux possibilités: soit les os de Berthe ont disparu au cours d’une intervention dans l’abbatiale, soit ils ont été déplacés au Moyen Age. Ils pourraient alors se trouver à gauche du chœur, comme le laisse supposer le récit d’un prévôt soleurois de passage en 1519.

«Au moment de l'ouverture du tombeau, le mois dernier, j'avais personnellement peu d'espoir que les ossements trouvés appartiennent à la reine Berthe», avoue la conservatrice de l'abbatiale de Payerne Anne-Gaëlle Villet. «L'emplacement où avait été trouvé le sarcophage, l'avant-nef, n'est pas très prestigieux et ne collait pas avec celui d'une reine. Mais cela nous apporte des informations très importantes sur les inhumations dans l'abbatiale. Notamment le fait que c'est la deuxième fois que l'on trouve dans un sarcophage du Xe siècle un corps du XVe». On ne sait pas à qui appartiennent les ossements masculins retrouvés dans le tombeau ouvert, mais un vêtement de moine avait été retrouvé dans un autre des sarcophages.  

Va-t-on désormais lancer des fouilles à gauche du chœur? «Dans un premier temps, on ne va pas intervenir, répond Anne-Gaëlle Villet. Ces espaces ont déjà été fouillés partiellement en 1920 et en 1960. Peut-être que des techniques d'investigation dans quelques siècles nous apporteront d'autres découvertes, mais ça fait partie de l'Histoire de ne pas avoir toutes les réponses. Le mythe demeure», conclue-t-elle.