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Claude D., à droite, avec ses défenseurs
© Cecilia Bozzoli

Justice

Le récit très insolite de Claude D.

Au second jour de son procès à Renens, le prévenu livre son récit de la mise à mort de la jeune Marie. Il évoque une sorte de fuite en avant à l’issue de laquelle il aurait aussi prévu de se suicider

Il a le verbe mécanique, le souci du détail le plus irrelevant, la méfiance bien ancrée et l’audace de ceux qui repoussent les tourments. Au second jour de son procès, Claude D., accusé d’avoir enlevé et assassiné la jeune Marie, a dépassé toutes les attentes avec son récit d’une relation improbable et d’un crime insensé. Le prévenu assure que la victime, après un interminable huis clos annonçant sa fin, n’a pas résisté à son étranglement. Il se fait psychologue et parle d’un effet de sidération.

«Passer de bons moments»

Il ne faut surtout pas dire à Claude D. qu’il s’était attaché à Marie et qu’il est un être maladivement possessif. «C’est dérangeant. Je voulais juste passer de bons moments». Le recours à un détective privé, c’était pour aider cette jeune fille un peu perdue et aussi pour savoir à qui il avait affaire. Les 150 messages WhatsApp, échangés en l’espace de deux heures, où il écrit qu’il l’aime, c’était de l’ironie. Lui parler d’une vie de couple, c’était pour lui faire plaisir. La complainte de l’amant éconduit et malheureux envoyée à une confidente de l’espace virtuel, il ne se souvient pas de «ses états d’âme». Les suppliques de Marie lui demandant de la laisser tranquille, il n’a pas d’avis là-dessus.

Le prévenu conteste aussi toute préméditation maléfique. Il explique avoir acheté les jumelles à la demande de sa mère, acquis du scotch et des colsons pour faire de l’ordre dans ses câbles et cherché à acquérir une arme pour se protéger. De qui? «La fameuse bande de Blacks». Claude D. ne dira pas beaucoup plus sur cette mystérieuse équipe à part que celle-ci aurait été proche de Marie et qu’elle serait liée au mobile de son crime, mobile dont il ne veut pas parler. Le procureur général Eric Cottier s’interroge: «Avez-vous estimé vos chances de convaincre la cour sur ce point?». Il rétorque: «Pourquoi ne me croirait-on pas?».

«C’était foutu»

Le 13 mai 2013, Claude D. affirme avoir quitté son domicile d’Avenches avec tout son matériel électronique par crainte des cambrioleurs. Il dit s’être rendu au Golf de Payerne en pensant que Marie avait congé afin de parler à une de ses collègues. Il la voit pourtant sortir, cheminer sur la route. Tout a dérapé, précise-t-il, lorsqu’il force la victime à entrer dans sa voiture sous le regard d’un témoin qui promenait son chien. «J’avais été réintégré en prison pour rien. Depuis ma sortie de janvier 2013, je vivais chaque jour comme si c’était le dernier. Je me sentais traqué par la police. En voyant ce témoin assister à la scène où je pousse Marie dans la voiture, j’ai pensé que c’était foutu».

Pareil pour Marie, assure le prévenu. «Celle que j’ai connue n’était pas une brave fille de pasteur qui faisait un apprentissage. Il n’était plus envisageable de la laisser partir à ce moment-là». En colère, dit-il, en raison de la tournure des événements, il emmène Marie dans cette forêt du district de la Glâne où il l’entrave. Durant ce huis clos de près de huit heures, il précise que «l’ambiance était calme». Il lui annonce qu’elle va mourir. Ou plutôt que tous deux vont y passer car le prévenu soutient qu’il voulait se suicider. «Je voulais mourir en homme libre».

«C’est un gâchis»

En évoquant le passage à l’acte, Claude D. se montre moins volubile. Il préfère renvoyer la cour à ses déclarations. Celles où il décrit s’être placé face à elle pour avoir plus de force et lui avoir serré le cou avec une ceinture durant dix minutes «pour être sûr». Au procès, il nuance: «Un moment désagréable paraît toujours plus long. Je ne sais pas combien de temps cela a duré». Et son suicide alors? «Mon plan a été chamboulé car j’ai été repéré». Même sa fuite au volant n’en était pas une. Claude D. explique qu’il a circulé à toute vitesse et forcé des barrages de police pour aller finir dans un muret spécifique.

Foi d’enquêteur, le prévenu est quelqu’un de très spécial. L’inspecteur qui a interrogé Claude D. déclare avoir été frappé par «son manque total d’émotion, son détachement, sa grande froideur et son absence totale de regrets». Le prévenu, sur question de ses avocats, dira quand même: «C’est un gâchis. Je pense tous les jours à Marie. Quand on tue quelqu’un, c’est comme si on s’approprie son énergie, cela vous habite».

Un tableau qui sera encore approfondi ce mercredi lors de l’audition des deux experts psychiatres. Un moment très attendu du procès où sera abordée la question de la dangerosité de ce récidiviste, qui avait déjà tué une ex-compagne, et surtout celle, plus controversée, de la durée infinie de ce sombre pronostic.

Nos articles sur le procès de Claude D.

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