Edito

Recomposons le triptyque politique de la voie bilatérale

OPINION. L’arrivée de deux nouvelles personnes clés laisse penser que l’accord-cadre peut être sauvé

C’est plus qu’un adage, c’est une réalité: pour gagner devant le peuple, un projet politique doit être soutenu par au moins trois grands partis nationaux. L’échec de la Prévoyance vieillesse 2020 en 2017, qui n’avait l’appui que de deux formations majeures, a confirmé ce principe. Bénéficiant d’une assise plus large, la Réforme fiscale et financement de l’AVS (RFFA) a, elle, été acceptée le mois dernier.

Il en va de même de la poursuite de la voie bilatérale, essentielle pour garantir la prospérité économique d’une Suisse entourée de ses principaux partenaires commerciaux. Une sainte alliance s’est déjà formée pour combattre la nuisible initiative de l’UDC qui veut résilier la libre circulation des personnes et qui, par effet de ricochet, menace d’écroulement l’ensemble de l’édifice bilatéral. Les grandes organisations et branches économiques et six partis nationaux sur sept annoncent qu’ils combattront cette initiative avec force, conviction et gros moyens. L’Union syndicale suisse fera de même. Si l’alliance tient bon, l’UDC, seule contre tous, perdra et la libre circulation des personnes sera confirmée.


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Une fois cette étape franchie, il faudra encore soumettre le projet d’accord-cadre institutionnel au peuple. Petit à petit, le soutien à ce traité s’élargit. Mais on est encore loin du compte, car des éléments sensibles restent dans le flou. La consultation menée par le Conseil fédéral a permis de les identifier. Si la question du tribunal arbitral – et donc des juges étrangers – semble passer au second plan, la protection des salaires, les aides d’Etat et le droit de citoyenneté restent entourés de tant d’incertitudes que l’accord n’a, en l’état, aucune chance d’obtenir l’aval du peuple. Le Conseil fédéral n’a d’autre choix que d’agir à deux niveaux. A Bruxelles, il doit convaincre que des gages doivent être donnés. En Suisse, il faut recomposer le triptyque politique qui permettra d’apporter à l’industrie et à l’économie l’instrument de sécurité commerciale dont elles ont besoin.

Il n’y a rien à chercher du côté de l’UDC, qui préfère s’arc-bouter sur son nationalisme contre-productif. Il faudra donc ramener la gauche et les syndicats dans le jeu, ce qui suppose qu’ils fassent eux aussi preuve d’une certaine souplesse. L’arrivée de deux nouvelles personnes à des postes clés de ce dossier, la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter et le président de l’Union syndicale suisse, Pierre-Yves Maillard, laisse penser que ce sera possible. Sinon, l’accord-cadre n’aura pas d’avenir.

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