Des canapés bleus dans un salon coquet, une petite table pour les enfants et des ours en peluche, sous l'œil d'une caméra et l'oreille d'un enregistreur. L'appartement du concierge du bâtiment de la police cantonale a été transformé en un lieu d'accueil réservé aux victimes d'agressions sexuelles, de lésions corporelles, d'enlèvement et autres infractions traumatisantes.

C'est au dernier étage du «Caprice des Dieux», comme on l'appelle à Neuchâtel, que la police procédera à l'audition des victimes dans un cadre agréable.

Mais le cadre ne suffit pas. La police a créé un concept d'accueil. D'une part, la nouvelle configuration des lieux a permis d'éviter que les victimes et leurs bourreaux ne se croisent dans les couloirs ou l'ascenseur. D'autre part, des policiers spécialisés dans le domaine des mœurs ont été formés pour écouter le témoignage des gens molestés, violés, ou enlevés.

Cette formation a porté sur les techniques d'entretien, l'interprétation des messages d'un enfant, l'impact des traumatismes, la collaboration avec les acteurs sociopsychologiques, etc. En outre, les médecins appelés dans ces cas-là ont eux aussi suivi une formation pour apprendre à préserver les traces des preuves, en particulier dans le cas des viols.

La LAVI, loi fédérale sur l'aide aux victimes d'infractions, est entrée en vigueur en janvier 1993. C'était un premier pas. Il restait à améliorer les structures d'accueil pour la première audition. Les polices vaudoise et genevoise avaient de l'avance dans ce domaine. Neuchâtel a rattrapé le train.

Le besoin était manifeste. L'an dernier, le centre de consultation LAVI du canton s'est occupé de plus de 430 situations. Huit victimes sur dix sont des femmes, 20% sont des mineurs et 44% des dossiers ouverts concernent des violences domestiques.