Serait-ce un clin d’œil à la polémique qui enflamme le village depuis dix jours? Le bureau de poste de Reconvilier, dans le Jura bernois, offre à ses clients un paquet de biscuits anti-tartre pour chiens. «Cela n’a rien à voir, indique le buraliste, chemise jaune, un sourire en coin. Cela s’inscrit dans une campagne nationale. Pour rigoler, je dis à certains clients qu’ils trouveront peut-être la fameuse médaille à 50 francs dans l’emballage.»

L’affaire ne fait pas rire tout le monde. La menace de l’exécutif d’euthanasier les chiens de propriétaires rechignant à payer la taxe canine, comme les y autorise une loi cantonale obsolète, a suscité une vive émotion. Le maire, Flavio Torti, a reçu des menaces de mort. Le secrétaire communal, Pierre-Alain Némitz, fait face à une pluie de téléphones et de courriers électroniques outrés. L’information a entraîné un buzz spectaculaire répercuté par de nombreux journaux et sites internet. La localité a acquis, contre son gré, une (petite) notoriété internationale.

«C’est de la folie pure, reprend notre buraliste. Les autorités ont communiqué de manière maladroite, c’est vrai. Mais vous, les médias, en avez fait beaucoup trop.» De quoi prétériter l’image du village et de ses 2200 habitants? «Non, je ne crois pas. C’est comme tout, cela passera. Reconvilier sera bientôt à nouveau associé à la Foire de Chaindon.» Chaque année, la grand-messe du bétail et des chevaux attirent près de 50 000 visiteurs le premier lundi du mois de septembre.

«On passe pour des fous»

D’autres «R’cons», surnom donné aux habitants du village, se montrent moins philosophes. Ayant aperçu l’inconnu qui arpente la Grand-Rue avec son bloc-notes, un quinquagénaire en training nous accoste avec bonhomie. «Vous venez pour l’histoire des chiens? Vous pouvez écrire que c’est une belle imbécillité. Depuis les dernières élections, l’an dernier, le Conseil communal a pété les plombs. Ils ont engagé des Securitas pour surveiller les zones bleues, vous vous rendez compte? En ville, d’accord, mais ici, avec toute cette place… C’est n’importe quoi!»

Quelques mètres plus loin, un symbole de Reconvilier: l’usine Swissmetal Boillat, transformée en coquille presque vide depuis la grève de février 2006. En face du bâtiment, une petite friperie. A l’intérieur, une cliente explose dès qu’elle entend le mot «chien». «Les autorités communales devraient réfléchir avant de l’ouvrir. Ils ont présenté la mesure comme s’ils s’adressaient à des demeurés. Monsieur Némitz a parlé de tirer les chiens des mauvais payeurs avec un «rigolo» (revolver, ndlr). Plus personne ne parle comme ça. Cela donne une image déplorable du village.»

Selon notre interlocutrice, la mesure ne résout rien. «Les gens qui ne paient pas la taxe sont souvent à l’aide sociale. Alors…» Sa colère exprimée, elle ironise. «Si l’objectif était de faire parler du village, c’est réussi. J’ai reçu hier un courrier électronique de ma sœur qui habite depuis vingt-cinq ans en Australie. Elle voulait avoir des détails sur ce qui se passe dans mon trou perdu. Vu de là-bas, on passe pour des fous.»