«Mais oui, fermons le centre de requérants. On se sentira plus en sécurité.» Deux jours après l'agression sexuelle commise par un requérant d'asile turc de 17 ans sur une handicapée mentale de 15 ans, l'émotion était encore vive hier à Reconvilier. Choqués, de nombreux habitants de la commune soutiennent le Conseil municipal (exécutif), qui a exigé lundi la fermeture du centre aux autorités cantonales et fédérales. Une pétition dans ce sens devrait être lancée ces prochains jours.

Surpris par la dimension prise par l'affaire, le maire radical de la commune, Flavio Torti, cherche à calmer le jeu. «Nous ne voulons pas que les gens fassent d'amalgames. En demandant la fermeture, nous avons donné un signal fort afin d'obtenir au moins un renforcement de l'encadrement du centre. Les assistants sociaux qui œuvrent sur place font du très bon travail. Mais ils sont comme vous et moi: ils ne peuvent pas se diviser en dix-huit.»

«Un acte odieux»

Un signal fort, donc, pour rassurer la population après «l'acte odieux» commis dimanche aux environs de 18 h 15. Cet après-midi-là, alors que le pique-nique annuel des pompiers bat son plein, l'adolescente est prise à partie par quatre frères mineurs issus du centre de requérants. «L'aîné – qui a reconnu les faits – a procédé à des attouchements d'ordre sexuel, précise Olivier Cochet, porte-parole de la police cantonale bernoise. Mais il n'y a pas eu viol.»

Très vite, le père de la jeune fille comprend qu'il y a eu un problème. Il engage alors une véritable chasse à l'homme. Installé au volant d'un camion de pompiers, il utilise un mégaphone pour avertir la population et donner le signalement des quatre frères. Alertée, la police cantonale arrive sur place peu après. Après avoir interrogé le père et d'autres personnes présentes au pique-nique, elle arrête les quatre requérants. L'auteur des attouchements est placé en garde à vue. «Pas impliqués», ses trois frères cadets sont rapidement relâchés.

A entendre Flavio Torti, ce dérapage symbolise la lente péjoration de la confiance entre les requérants et les habitants de Reconvilier. «Par le passé, on a fait plusieurs bonnes expériences d'intégration, notamment au sein du club de football. Depuis quelque temps, les choses ont changé. L'encadrement du centre est moins important qu'au début, la provenance des requérants a changé… On a vécu plusieurs incidents, dont un trafic de drogue qui a débouché en mars dernier sur une importante descente de police.»

Davantage d'éducateurs

Dans ce contexte, et afin «de retrouver une certaine confiance», le maire demande un renforcement de l'encadrement. Pas de Securitas ou de policiers, mais des éducateurs à même de mieux faire face aux défis posés par un centre de requérants. «Nous sommes tout à fait conscients que la sécurité à 100% n'existe pas», précise-t-il.

Responsable d'Asile Bienne et région, association en charge des six centres pour requérants d'asile du Jura bernois et du Seeland, Didier Juillerat souligne que le centre de Reconvilier ne sera pas fermé. «Les autorités de la commune ont lancé un appel au secours, nous l'avons entendu. Nous allons encore accroître notre vigilance et informer la population. Il faut en effet que les gens arrêtent de croire que l'asile est à l'origine de tous les maux.» Hasard du calendrier, l'encadrement du centre de Reconvilier sera renforcé début 2006 suite à la fermeture programmée des centres pour requérants de Bienne et de Sonvilier.