La situation est «plutôt tragique». C’est ainsi que Gianluigi Piazzini, président de la Chambre tessinoise de l’économie foncière (Catef), juge le taux élevé d’habitations vides au Tessin. Selon les derniers chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS), au 1er juin 2020, la Suisse comptait 78 832 logements vides (dont 3449 unités de plus que l’an dernier), correspondant à 1,72% de son parc immobilier. Or, au Tessin, on enregistre un taux de logements vacants de 2,71%; soit 6639 habitations ni louées, ni vendues.

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«Ces chiffres s’arrêtent à fin mai. Donc aujourd’hui, elles sont au moins 7000, sur un total de 244 800 unités», indique Gianluigi Piazzini, faisant valoir que pour remplir ces logements vides, il faudrait 15 400 personnes, l’équivalent de la ville de Locarno. Pire: en réalité, le taux de logements vacants est encore plus élevé, soutient-il, puisque la plupart des résidences secondaires et des maisons de vacances, nombreuses au Tessin, ne sont pas comptabilisées, celles-ci étant considérées vides seulement si elles sont «habitables toute l’année et destinées à la location à long terme ou à la vente». «Sans compter que tous les propriétaires ne répondent pas à l’OFS», ajoute-t-il.

Soleure fait pire

En Suisse, seul le canton de Soleure a un taux de vacance plus élevé que celui du Tessin, observe le Tessinois. «Sauf que Soleure est passé de 3,4% en 2019 à 3,22% cette année; ce qui est bon signe. En revanche, au Tessin, de 2,29% l’an dernier, nous sommes arrivés à 2,71% cette année, avec quelque 1000 appartements vides en plus.»

Du jamais-vu, assure Gianluigi Piazzini, qui constate que les vacances sont réparties sur tout le territoire; toutes les communes sont touchées. A Lugano, on compte 1275 logements inhabités (3,15% des habitations), à Bellinzone 923 (3,61%), à Locarno 407 (3,59%)… Dans certaines communes, les taux de vacance dépassent les 5%; comme à Bissone (5,69%), à Vacallo (5,38%) ou à Chiasso (6,51%). Contrairement à ce que l’on entend souvent, les logements vides ne sont pas des appartements de luxe, affirme-t-il. «Toutes les catégories sont concernées.»

Du coup, le canton se retrouve avec un demi-million de mètres carrés de locaux vides. «Ce qui correspond à environ 2 milliards de francs qui devraient générer annuellement 110 millions de francs de loyers», déplore-t-il. Comment le canton en est-il arrivé là? «Depuis trois ans, la natalité et la migration ayant diminué, le Tessin enregistre un solde démographique négatif, explique-t-il. En revanche, la production se poursuit à plein régime; le comble!» Ajoutant que le covid n’a rien à voir avec la conjoncture actuelle.

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Fort investissement institutionnel

Les autorités financières nationales ont déjà averti les banques – affirmant qu’on construit trop, que le marché surchauffe, qu’il risque d’y avoir des problèmes –, les encourageant à rendre le crédit plus restrictif, rappelle Gianluigi Piazzini. «Mais le problème, ce sont les grandes institutions suisses; les caisses de pension, les fonds de placement, les compagnies d’assurances qui n’ont pas besoin des banques.» Les privés ont aussi joué un rôle, reconnaît-il, «mais nettement mineur».

Les grandes institutions doivent répartir leurs capitaux; elles ne veulent pas tout miser dans les actions et les obligations, avance-t-il, soulignant que lorsqu’elles investissent, elles ne construisent pas de petits immeubles de dix appartements, mais des complexes de 60-70 logements. «D’un seul coup, elles débloquent 200 millions de francs, ce qui a tout de suite un fort impact sur le marché.» Il précise aussi qu’en investissant massivement, elles ont donné un signal: «Nous croyons dans l’immobilier au Tessin.»

Pour remédier au problème, le Tessinois souhaite que les institutionnels prennent acte des taux de logements vides alarmants dans le canton et fassent volte-face. «J’espère qu’ils commencent à se dire que ça suffit de construire au Tessin et qu’ils iront ailleurs. J’espère aussi que le taux de natalité augmentera au sud des Alpes.»