Mourad Fares. Son nom est récemment ressorti, en lien avec les attentats de Paris du 13 novembre dernier. L’homme, aussi connu sous son nom de guerre «Abou Hassan», était un des principaux recruteurs des djihadistes francophones en Syrie. Il aurait converti au djihad un des tueurs du Bataclan. Ce même Mourad Fares a recruté plusieurs Suisses, dont «Abou Suleyman Suissery», qui résidait à Orbe. Selon nos informations, ce dernier serait toujours en Syrie, combattant dans les rangs de l’Etat islamique, après avoir dans un premier temps été affilié à Jabhat al-Nosra.

Originaire de Thonon

Les liens entre la scène djihadiste suisse et française sont étroits. Jugé «particulièrement dangereux» par le ministre de l’Intérieur français, Bernard Cazeneuve, Mourad Fares, originaire de Thonon, est aujourd’hui en prison. Il a été placé en détention provisoire en France en août 2014 après avoir été interpellé en Turquie.

Si son nom revient à la surface aujourd’hui, c’est parce qu’il aurait attiré Foued Mohamed-Aggad en Syrie, le «troisième kamikaze du Bataclan», dont l’identité a récemment été révélée. Le terroriste était parti en Syrie en décembre 2013, avec son frère, et plusieurs jeunes de Strasbourg, donc deux seraient morts au combat.

Mourad Fares, lui, était parti en Syrie quelques mois plutôt. D’abord pour rejoindre les rangs de l’Etat islamique en Irak et au Levant, avant de fonder une nouvelle milice au sein de Jabhat al-Nosra. Et de continuer à recruter activement des jeunes Européens.

Ses contacts avec le Suisse «Abou Suleyman Suissery» datent de cette époque-là. Le Suisse est parti du Nord vaudois pour la Syrie en octobre 2013, deux mois avant le terroriste du Bataclan, avec lequel il n’a peut-être jamais eu le moindre lien. Rien n’indique qu’il l’a connu, même s’ils ont un recruteur en commun et fréquenté des brigades composées essentiellement de francophones.

Le djihadiste romand, d’origine algérienne et qui s’est converti à l’islam en 2012, tissait des liens étroits avec Mourad Fares. Une photo postée le 11 avril 2014 sur Twitter (ci-dessous), les montre ensemble, avec un troisième individu, aujourd’hui décédé. Avec le commentaire suivant: «L’équipe de choc… un renouveau et un nouveau départ bi idhnillah». Une photo où les gaillards posent tout sourire alors que des tensions étaient déjà apparues dans le groupe. Plusieurs djihadistes avaient fait sécession et rejoint l’EI.

«Brigade des Français»

«Abou Suleyman Suissery» fera de même plus tard, en quittant la «brigade des Français» de Mourad Fares. Selon certaines sources, il serait ensuite lui-même devenu émir au sein d’un groupe de l’EI, alors que celui de Mourad Fares aurait fini par se dissoudre, faute de combattants. C’est une des raisons qui l’aurait poussé à vouloir rentrer en France et se livrer de lui-même à la justice.

Dans une interview accordée quelques mois plus tôt à Vice News, il se targuait encore d’avoir recruté la plupart des djihadistes francophones: «Tous les djihadistes dont on parle dans les journaux sont passés par moi, les dix jeunes de Strasbourg, les deux jeunes de Toulouse, la mineure de 16 ans et beaucoup d’autres», disait-il.

Abou Suleyman n’est pas le seul Suisse à s’être fait recruter par Mourad Fares. Le «djihadiste valaisan», premier cas suisse médiatisé, était aussi en contact avec lui. En septembre 2014, un reportage de TF1 citait clairement Abou Suleyman, sous le coup d’une procédure pénale, comme la nouvelle cible «prioritaire» des Services de renseignement, après l’arrestation de Mourad Fares.

A lire: L’étau se resserre autour d’un djihadiste romand (septembre 2014)