Enseignement

Le rectorat de l’Université de Genève lavé du soupçon de sexisme

La commission d’enquête indépendante a remis son rapport commandé à la suite des articles soulignant le comportement inapproprié d’un vice-recteur. Ce dernier a donné sa démission

Le rapport de la commission indépendante l’affirme: il n’y a pas de sexisme au sein du rectorat de l’Université de Genève (Unige). Au contraire, durant les 52 auditions menées par Sabine von der Weid, présidente suppléante de la Chambre des relations collectives du travail à Genève, vice-présidente de la Croix-Rouge genevoise, et Luc Recordon, docteur en droit, ancien conseiller aux Etats vaudois, «il a été relevé à plusieurs reprises la volonté de lutter contre toute forme de sexisme ou de mobbing», peut-on lire dans le document, rendu public ce lundi, après trois mois d’enquête. «C’est un soulagement, a réagi Yves Flückiger, recteur de l’Unige. Ce rapport va apaiser la situation.»

Un vice-recteur, chargé des relations humaines, a pourtant démissionné, même s’il gardera son enseignement au sein de l’Unige. A son propos, les enquêteurs écrivent qu’ils n’ont «pas acquis la conviction que son comportement puisse être qualifié de sexisme délibéré». Phrase qui est suivie d’une description qui laisse songeur: «Paternalisme prégnant et d’ordinaire plus marqué à l’égard des femmes; son langage souvent familier et fleuri, en lui-même souvent inapproprié à la fonction […] est plus mal ressenti par les femmes que par les hommes.»

L’enquête avait été commanditée par Yves Flückiger à la suite de la publication d’articles de presse relatant des attitudes sexistes. Notamment un épisode dit «du stylo», particulièrement humiliant pour les femmes. «Cet incident n’est pas avéré», écrivent les enquêteurs. Un seul des 52 témoins dit l’avoir vécu, alors qu’il était censé s’être déroulé dans un cercle large.

Réfléchir aux moyens d’action

Plusieurs moyens existent pour lutter contre la discrimination à l’Unige, relève le rapport: règlements, groupe de confiance, brochures d’information, plans d’action, etc. Ils sont pourtant peu utilisés, «par peur du non-respect de l’anonymat, de représailles ou d’obstacles susceptibles d’interrompre une carrière». «Nous devons faire le bilan des instruments mis en place et entamer une action de pédagogie pour les faire mieux connaître au sein de l’institution», dit Yves Flückiger.

Pas de sexisme, mais une souffrance dans les relations de travail entre le rectorat et les membres de l’administration, souligne le rapport, qui dévoile deux cas précis, pris en charge par la hiérarchie. Dans sa dernière partie, le document est sévère sur l’organisation du rectorat. Un fonctionnement en silo et une charge excessive pesant sur des vice-recteurs qui ne sont pas formés aux tâches qu’on leur assigne voire qui n’en ont pas les compétences, alors qu’ils mènent, en parallèle, des travaux académiques.

«Fonctionner en mode transversal fait partie de mon projet pour l’institution, répond Yves Flückiger. Nous allons y travailler. Sur le clivage entre administration et enseignants, je note que cela n’est pas propre à l’Unige. Dès fin juin, nous en parlerons au sein du Conseil d’orientation stratégique.» Avant cela, le recteur aura dit à l’assemblée de l’Université s’il brigue, à 62 ans, un nouveau mandat. Celui en cours prendra fin en 2019.

Dossier
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