Suisse-Russie

Reçu en Suisse, le président de la douma russe bombe le torse face aux sanctions

En visite à Berne, le président de la Douma Viatcheslav Volodine critique les mesures américaines qui frappent la Russie, alors que Dominique de Buman prône le dialogue 

On annonçait une visite «en grande pompe», cela n’a pas vraiment été le cas. Le président du Conseil national, Dominique de Buman, et son homologue de la Douma russe, Viatcheslav Volodine, ont tenu leur point de presse dans ce qui est probablement la plus petite salle du Palais fédéral, qui était celle des journalistes avant 2008. Tandis que le Fribourgeois s’est fait très discret, le Russe a vivement critiqué la politique des sanctions pratiquée par les Etats-Unis et l’UE. Il n’y a eu ni incident, ni même controverse.

D’un côté, l’un des nouveaux hommes forts du président Vladimir Poutine, la poitrine bombée, très fier d’avoir été reçu en Suisse malgré les sanctions de l’Union européenne que la Confédération n’applique pas. De l’autre, Dominique de Buman, à la silhouette beaucoup plus frêle, qui a rarement été aussi peu bavard. Le Fribourgeois a paru emprunté. Il a d’abord rappelé que cette visite avait été sollicitée par son prédécesseur, Jürg Stahl.

Surtout, il a pris soin de ne pas froisser son hôte, notamment sur l’une des questions qui fâchent, à savoir l’Ukraine. «Il n’est pas question que la Suisse se mêle d’un conflit intérieur», a-t-il déclaré, omettant apparemment le fait que l'Ukraine est un pays indépendant. «Mais la Suisse est disponible pour offrir ses bons offices si on les lui demande.» De l’invasion de la Crimée en mars 2014, que la Suisse avait condamnée, il n’a pas été question durant le point de presse.

Un proche de Poutine

Voilà qui a dû faire très plaisir à Viatcheslav Volodine. Celui-ci est sous le coup de sanctions précisément pour le rôle qu’il a joué dans cette opération éclair qui a suivi les Jeux olympiques de Sotchi. Agé de 54 ans, ce natif de la région de Saratov fait partie de la «génération Poutine». Elu à la Douma en 1999, il devient très vite le chef suppléant de Russie unie, le parti sur lequel s’appuie le président. Depuis, il ne cesse de gagner en influence au Kremlin. Il est nommé vice-premier ministre en 2010, à l’époque où Vladimir Poutine a dû s’effacer de la présidence pour diriger le gouvernement durant quatre ans. Un an plus tard, le voilà premier directeur adjoint de l’administration présidentielle, puis propulsé au perchoir de la Douma en 2016. Plusieurs observateurs le considèrent comme l’un des principaux architectes des réformes conservatrices – et souvent anti-occidentales – de ces dernières années.

Cela n’a pas empêché Dominique de Buman et Viatcheslav Volodine de célébrer l’amitié, la paix et le dialogue ce lundi à Berne. Ravi d’être accueilli dans un «pays neutre» situé tout de même au cœur de l’UE géographiquement, le Russe a vivement critiqué la politique des sanctions décrétées par les Etats-Unis, qui, selon lui, n’a pour but que de «remplacer les entreprises russes par des firmes américaines sur le marché européen».

Les sanctions, «une impasse»

«Les sanctions, non conformes aux règles de l’OMC, mènent à l’impasse», a martelé le président de la Douma, qui s’est fait sarcastique. Car en fin de compte, la Russie ne les regrette pas trop. Non seulement son économie va bien, ayant enregistré une croissance de 2% l’an dernier. Mais certains de ses secteurs qui souffraient de lacunes criantes sont devenus plus autarciques. «Dans l’industrie de l’armement, 100% des composants sont désormais russes. Dans la finance, nous avons créé notre propre système de paiement, ce qui nous permet de nous passer des cartes Visa et MasterCard.»

Quant au secteur agricole, il serait celui qui a le plus profité indirectement des sanctions. Grâce aux restrictions imposées par la Russie contre les importations occidentales, «nous sommes désormais capables d’assurer notre sécurité alimentaire, ce dont nous n’osions même pas rêver auparavant», a ajouté Viatcheslav Volodine avant d’être reçu dans l’après-midi par le patron des Affaires étrangères, Ignazio Cassis.

Quant à la prochaine élection présidentielle, Viatcheslav Volodine la promet plus «transparente et légitime» que jamais. La Suisse a promis d’y envoyer deux observateurs du parlement pour le compte de l’OSCE pour s’en convaincre.

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