Genève

Reculade du Conseil d’Etat devant le syndicat de la fonction publique

La réforme de la grille salariale n’est pas près d’aboutir. Devant la grogne syndicale, le Conseil d’Etat genevois a en effet reporté la présentation du projet aux fonctionnaires. Explications de la ministre Nathalie Fontanet

Le nouveau système de rémunération de la fonction publique, baptisé Score, devrait plutôt prétendre au sobriquet d’Arlésienne. Alors que Genève en discute et s’écharpe à son propos depuis 2010, voilà que le gouvernement a décidé, hier, de reporter la présentation qu’il comptait en faire aux 50 000 salariés de l’Etat et établissements publics autonomes, le 13 novembre prochain, informe le GHI. Car les syndicats de la fonction publique sont passés par là.

Mardi soir, les membres du Cartel intersyndical donnaient de la voix en assemblée générale, exigeant du Conseil d’Etat qu’il supprime les séances d’information sur le projet qualifié d’«opaque». Ils n’ont pas apprécié en effet que la conseillère d’Etat, Nathalie Fontanet, chargée des Finances et des Ressources humaines, tente de passer en force avec un protocole d’accord qu’ils n’avaient pas négocié à leur goût.

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Les syndicats avaient aussi appelé à manifester le 5 décembre prochain. Assez pour que le Conseil d’Etat recule: «Il s’agit avant tout de maximiser les chances d’aboutir du projet, explique la conseillère d’Etat Nathalie Fontanet. La première mouture de Score remonte à 2012. Alors, s’il faut que l’on reporte de quelques mois pour obtenir une meilleure adhésion, il est logique et préférable de prendre ce temps supplémentaire.»

«Les syndicats ont eu accès au détail des notations»

Dans les rangs des cadres qui travaillaient à la stratégie de communication depuis des mois, c’est la consternation. Tous les outils de présentation étaient prêts, ils avaient même prévu la mise à disposition d’une calculette qui aurait permis de simuler le traitement de chacun. Le gouvernement a-t-il mis la charrue avant les bœufs, dans un canton où la force des syndicats, notamment celui de la fonction publique, a fait reculer plus d’une réforme?

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Nathalie Fontanet estime pourtant ne pas avoir ménagé ses efforts pour vendre au mieux ce projet: depuis août 2018, pas moins de 12 séances ont eu lieu entre la délégation Score au Conseil d’Etat et les syndicats, 19 séances techniques pour expliquer la méthode et deux jours d’informations avec la société GFO mandatée pour l’élaboration de la grille salariale. «Les syndicats ont pu réaliser un parcours complet de notation de fonctions et ont eu accès au détail des notations pour les 200 emplois référence du système Score», complète-t-elle.

Pas suffisant manifestement pour lever le doute sur un système qualifié de flou, avec une notion de cahier des charges qui serait mal définie. Et pour cause, selon le député socialiste Christian Dandrès: «Le Conseil d’Etat a accepté une clause de confidentialité avec GFO. Rien qu’à cause de cela, je ne voterai pas ce projet, car on est en droit de connaître la matrice utilisée pour les calculs, puisqu’il s’agit de l’argent du contribuable.» Si la conseillère d’Etat admet que la méthode développée par la société GFO est protégée, elle affirme que «les syndicats ont eu accès à l’ensemble des paramètres d’évaluation et de notations».

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25 000 francs de plus pour les conseillers d’Etat?

La refonte complète de la grille salariale était une promesse de législature, son entrée en vigueur était prévue pour l’été 2021. Son but était notamment de valoriser les fonctions du bas de l’échelle des salaires, mais il semble qu’en l’état actuel, la cible soit plus large. Le Temps a en effet appris que les conseillers d’Etat gagneraient quelque 25 000 francs annuels de plus qu’actuellement.

Un élément sur lequel Nathalie Fontanet estime prématuré de se prononcer, arguant des discussions toujours en cours avec les représentants syndicaux. Devant le rétropédalage du gouvernement, on voit mal les syndicats, qui tiennent un os, se montrer plus bienveillants d’ici à quelques mois. Avec le risque de voir le projet reporté à la nouvelle législature? «Un report de quelques mois ne remet pas en cause la mise en œuvre du projet durant cette législature», répond Nathalie Fontanet. Voir les talons de l’Arlésienne: un rêve qui, à Genève, n’est pas encore à portée de main.

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