De l'art de s'approprier la volonté populaire... Les analyses VOX réalisées dans la foulée des votations pour comprendre les motivations des électeurs ne suffisent souvent pas à éponger toutes les interrogations et laissent une marge de manœuvre importante à l'interprétation. Lorsque cette marge de manœuvre existe, on assiste à une bataille entre leaders d'opinion pour tenter d'imposer une interprétation. D'une certaine manière, ce combat est toujours en cours à propos de l'initiative «propriété du logement pour tous». Le peuple a-t-il dit non à tout allégement de la charge financière des propriétaires ou seulement au paquet proposé? Kaspar Villiger tente d'imposer la première interprétation, une partie de la droite la seconde.

L'exemple le plus flagrant concerne toutefois les bilatérales. Alors que, durant la campagne, les citoyens étaient invités à traiter la question absolument indépendamment de celle de l'adhésion à l'UE, l'interprétation du score qui s'est imposée a posteriori est qu'en disant oui massivement aux bilatérales, le peuple a signifié qu'il ne souhaitait pas entendre parler d'adhésion dans l'immédiat. Interprétation lourde de conséquences évidemment dans la perspective de «Oui à l'Europe!».

Le résultat des bilatérales a servi aussi à discréditer l'initiative demandant le plafonnement de la population étrangère à 18% soumise au vote quelques mois plus tard. «Comment voter oui aux 18% alors que l'on vient d'adopter la libre circulation des personnes?», entendait-on après le 21 mai 2000 alors que jusque-là on insistait sur le fait que l'acceptation des bilatérales ne serait pas incompatible avec celle des 18%.