Le premier procureur Stéphane Grodecki pourra continuer à instruire la plainte pour abus d’autorité déposée par Simon Brandt contre le policier qui avait procédé à sa fouille, a appris Le Temps. Dans un arrêt reçu par les parties ce vendredi, la Chambre pénale de recours a rejeté les demandes de récusation qui dépeignaient ce magistrat comme partial car trop proche du procureur général Olivier Jornot et trop impliqué dans la procédure pénale menée contre Pierre Maudet. Le conseiller d’Etat, qui s’était joint à cette requête en faisant valoir sa qualité de véritable cible de la mésaventure de son fidèle lieutenant, essuie également un revers. Contacté, Stéphane Grodecki confirme: «Les deux demandes de récusation ont été rejetées par arrêts du 2 juillet 2020, notifiés ce jour.»

Le contexte

Rappelons que Simon Brandt avait été arrêté le 13 décembre dernier, fouillé intégralement et interrogé par la police, avant d’être mis en prévention pour une double violation du secret de fonction par le procureur général Olivier Jornot. La première en sa qualité de conseiller municipal et en relation avec la fuite d’un rapport sur les notes de frais en ville de Genève, dénoncée par le Conseil administratif (l’instruction est encore en cours). La seconde en sa qualité de collaborateur de la police pour avoir consulté la main courante afin de renseigner Pierre Maudet. Ce dernier aspect a rapidement été classé, les investigations informatiques ayant permis d’écarter son accès à la base de données. Dans les deux volets, ce sont encore des échanges WhatsApp troublants entre Simon Brandt et Pierre Maudet qui avaient éveillé les soupçons des enquêteurs.

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Une fois blanchi de la fuite «main courante», Simon Brandt a déposé plainte contre le policier et contre inconnu, le 5 mars dernier, pour abus d’autorité (la fouille), induction de la justice en erreur et violation du secret de fonction (la médiatisation de son arrestation). La procédure a été ouverte et confiée au premier procureur Stéphane Grodecki, qui fait partie de l’équipe dirigeante du Ministère public et co-instruit également la célèbre «affaire Maudet». Défendu par Me Marc Lironi, Simon Brandt a demandé la récusation du magistrat en date du 28 mai dernier. Selon l’avocat, le premier procureur ne serait pas assez indépendant pour mener cette enquête.

Contre-attaque

On apprenait dernièrement que Pierre Maudet s’était joint à la demande de récusation. Le conseiller d’Etat souhaite se porter partie plaignante dans cette procédure en qualité de victime indirecte d’un abus policier commis en réalité, soutient-il, pour soutirer des informations à son sujet et lui nuire. Assisté de Me Yaël Hayat dans cette contre-attaque, encore revendiquée mercredi dernier lors d’une conférence de presse, le ministre n’obtient pas davantage gain de cause.

Pour Me Hayat: «Il est regrettable que l’autorité de recours ne permette pas un regard nouveau sur le traitement de cette affaire et un éclairage sur tous ses contours. Un magistrat qui a instruit à l’encontre de Pierre Maudet est-il en mesure d’entrevoir un possible abus? La question perdure.»

Quant à Me Lironi, il regrette pour sa part cette décision qui va à l’encontre de toute la réflexion menée actuellement au niveau politique: «L’arrêt ne se réfère notamment qu’au texte lacunaire de la loi et ne tient aucun compte des problèmes soulevés, par de nombreux députés du Grand Conseil, s’agissant de l’indépendance des magistrats.» Un recours au Tribunal fédéral est d’ores et déjà envisagé, ajoute l’avocat de Simon Brandt.

 

C’est une mauvaise nouvelle de plus pour ce duo qui affronte une tempête depuis la révélation, par Le Temps, de nouveaux messages évoquant la modification d’un procès-verbal et le recours aux membres «sûrs» du comité du PLR Ville. Simon Brandt a déjà démissionné de la vice-présidence de ce comité et Pierre Maudet sera entendu à ce sujet lundi prochain par le comité directeur du parti cantonal. La demande de son exclusion du parti figure désormais à l’ordre du jour de cette séance qui promet d’être agitée.

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