Le Conseil fédéral ne voulait pas opposer de contre-projet à l'initiative solaire. Le parlement en a décidé autrement. Il faut préciser que rien ne se serait passé sans l'intense lobbying exercé en coulisses par deux hommes: le «gourou» du solaire Gallus Cadonau et l'expert financier valaisan Alfred Rey, qui fait en quelque sorte figure de «secrétaire général de l'OPEP des Alpes», selon le sobriquet dont un esprit malin a un jour affublé le groupement des cantons de montagne.

Au parlement, l'idée du contre-projet a été véhiculée par deux députés, le démocrate-chrétien Eugen David et le radical Marc Suter. Pour accroître leurs chances de succès, ils ont opté pour l'électrochoc: leur première proposition consistait en une redevance de 0,6 ct./kWh, soit plus que le montant proposé par l'initiative solaire! Leur stratégie s'est révélée payante, car, en fin de compte et de guerre lasse, les deux Chambres ont cédé et se sont entendues pour une redevance de 0,3 ct./kWh.

Comme l'initiative solaire, cette taxe doit frapper les énergies renouvelables. Ses recettes sont estimées à 450 millions par an, mais l'assiette des bénéficiaires est élargie. Un quart doit être réservé à la promotion du solaire et d'autres énergies propres (géothermie, bois, biomasse). Un quart doit servir à encourager les économies d'énergie. Le troisième quart, et c'est la grande nouveauté, doit être affecté à l'entretien et au renouvellement des centrales hydrauliques et, dans des cas exceptionnels, couvrir les investissements qui n'auront pas pu être amortis au moment où le marché de l'électricité sera libéralisé. En décidant de financer ces fameux INA par la taxe sur l'énergie, le parlement a établi un lien organique avec la loi sur le marché de l'électricité (LME). C'est pour cette raison que le Conseil des Etats a stoppé ses délibérations sur la LME jusqu'à la votation du 24 septembre. Si le contre-projet échoue, la question des INA devra être réglée dans le cadre de cette loi, par le biais de prêts remboursables avancés par la Confédération. Et le quatrième quart? C'est la grande inconnue. Il ne sera attribué qu'ultérieurement, en fonction des besoins respectifs des différents bénéficiaires. Soutenu par la gauche, le PDC, les paysans et les cantons de montagne, ce contre-projet a des conséquences plus faibles que l'initiative solaire. Selon l'Office fédéral de l'énergie (OFEN), il devrait renchérir l'essence de 2,7 centimes par litre, l'électricité de 0,12 centime par kWh, le mazout de 3 centimes par litre. Quelles conséquences pour les ménages? Les estimations divergent entre les partisans et les adversaires du projet. Pour l'OFEN, les dépenses de mazout augmenteront de 60 francs par an pour une surface habitable de quelque 90 m2 et une consommation annuelle moyenne de 2000 litres. Selon l'économie, il faudra compter, pour un logement de même type et une consommation moyenne de 12 litres (!), avec un renchérissement évalué à 32 fr. 40 par an. Pour un automobiliste qui effectue quelque 15 000 km par an avec une voiture consommant environ 9 l/100 km, le surplus se monte à 30 francs par an pour l'OFEN, à 36 fr. 45 pour l'économie.