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Malgré les protestations des cantons alpins, les exploitants des barrages devraient bénéficier d’une réduction de la redevance hydraulique dès 2020.
© JEAN-CHRISTOPHE BOTT / Keystone

Analyse

La redevance hydraulique, défaite programmée des cantons alpins

Désunis et minorisés, les cantons de montagne tentent de sauver l’essentiel de leurs droits d’eau, menacés par la crise de l’hydroélectricité. En l’état, tout indique qu’ils s’acheminent vers une douloureuse défaite

En Valais et dans les Grisons, tous savent que la redevance hydraulique est destinée à diminuer. Mais personne ne se résout à l’inéluctable, parce qu’il faut toujours entamer les négociations en bombant le torse et parce que l’affaire va faire très mal aux budgets communaux et cantonaux. Entre 2020 et 2022, Valaisans et Grisons pourraient respectivement perdre 40 et 30 millions de francs par an.

Un bras de fer qui dure depuis plus d’une année

En proposant de réduire les droits d’eau que les exploitants des barrages paient aux collectivités à 80 francs le kilowatt contre 110 aujourd’hui, Doris Leuthard joue habilement la provocation. La consultation aboutira sans doute à un compromis. En criant très fort, les cantons de montagne sauveront une partie de leurs hydrodollars. En crise, les géants de l’électricité pourront souffler un peu.

Lire aussi: La réduction des droits d’eau ulcère les cantons alpins

Entre montagnards et électriciens, le bras de fer dure depuis plus d’une année. En juin 2016, les positions étaient si éloignées que les négociations ont échoué. Depuis, les cantons alpins se sont acharnés à repousser l’échéance pendant que les lobbies des producteurs travaillaient à imposer une flexibilisation de la redevance. Les seconds ont manifestement gagné: dès 2023, les droits d’eau devraient se composer d’une part fixe et d’une part variable, en fonction du marché.

L’alliance alpine fragilisée

Ces dernières semaines, les ministres cantonaux ont défilé dans le bureau de Doris Leuthard, sans succès. Quand les Grisons tentaient une conférence de presse de la dernière chance, les Valaisans n’étaient pas même mis au courant. Membre de la Commission de l’énergie, Yannick Buttet regrette «une suite d’initiatives individuelles et désordonnées». Entre montagnards, on collabore peu, et mal. L’alliance des cantons alpins n’a jamais semblé aussi fragile.

Quand les Suisses ont voté la Lex Weber, qui limite les résidences secondaires, les Grisons et le Valais ont sombré ensemble. Quelques mois plus tard, les premiers acceptaient la loi sur l’aménagement du territoire, pendant que seuls les seconds la refusaient. Désormais, la méfiance gangrène les relations des deux alliés. Après la consultation, leur combat pour les droits d’eau se poursuivra au parlement, où ils seront vraisemblablement minorisés.

Lire aussi: Bras de fer entre villes et montagne sur les redevances hydrauliques

Parlement favorable aux villes

Sous la Coupole, l’OPEP des Alpes n’a jamais vraiment affiché un front uni. Dans la bataille de la redevance, elle ne pourra sans doute pas compter sur l’unanimité des parlementaires bernois, déchirés entre la ville et la montagne. Elle devra pourtant affronter les conseillers nationaux du Plateau suisse, beaucoup plus nombreux. Ces derniers digèrent mal une dernière augmentation des droits d’eau entrée en vigueur pendant la crise. Ils ne manqueront pas de défendre les intérêts des producteurs d’électricité, dont les grandes villes sont les actionnaires.

Souvent démocrates-chrétiens, les élus alpins pestent contre Doris Leuthard, peu sensible aux intérêts particuliers de sa base électorale. La conseillère fédérale a su s’affranchir de son parti. Depuis sa victoire sur la Stratégie énergétique 2050, tout son agenda vise à favoriser l’hydraulique et les nouvelles énergies renouvelables, en entravant les énergies nucléaires et fossiles. Elle insiste: «Les exploitants doivent faire des efforts, les collectivités aussi.» Malgré leurs protestations, et en attendant une hypothétique embellie du marché, tout indique que les montagnards devront bientôt faire preuve de créativité, pour composer avec une redevance réduite.

Lire aussi: En crise, les barrages suisses s’infligent une cure d’austérité

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