Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Ce lundi, la conseillère fédérale Doris Leuthard a proposé de réduire, puis de flexibiliser les redevances hydrauliques que les producteurs d’électricité paient aux cantons et aux communes.   
© Keystone

Énergie

La réduction des droits d’eau ulcère les cantons alpins

Le Conseil fédéral entend réduire les droits d’eau de 27% pour trois ans, avant de les flexibiliser en fonction des prix du marché. Les producteurs d’électricité sont soulagés et les cantons de montagne fulminent

Pour Doris Leuthard, ces mesures devraient «au minimum stabiliser, voire réduire, le prix de l’électricité pour le consommateur». Ce jeudi, la conseillère fédérale a mis en consultation ses nouveaux modèles de calcul des redevances hydrauliques, ces taxes que les producteurs d’électricité paient aux cantons et aux communes pour turbiner leurs eaux. Dans un contexte difficile, le gouvernement souhaite d’abord réduire, puis flexibiliser ces droits d’eau. Pour les électriciens, «c’est un pas dans la bonne direction», pour les cantons alpins, «c’est inacceptable».

Dans l’immédiat, pour soulager les barragistes en crise, Doris Leuthard entend réduire les redevances de 27% pour trois ans. Depuis 2015, le kilowatt coûtait 110 francs aux producteurs. Dès 2020 et jusqu’en 2022, il leur reviendra à 80 francs. En crise, les électriciens économiseront ainsi plus de 150 millions de francs chaque année. A l’inverse, cet argent manquera aux cantons et aux communes des Alpes qui hébergent les barrages. Très concerné, le Valais perdra 41 des 164 millions de francs annuels qu’il percevait jusqu’ici.

Lire aussi: Bras de fer entre villes et montagne sur les redevances hydrauliques

La colère des montagnards

Dans un communiqué agacé, le Conseil d’Etat valaisan regrette une proposition qui «péjore de manière significative la situation financière des collectivités publiques». Au téléphone, le ministre des Finances et de l’énergie, Roberto Schmidt, peste contre des mesures «prématurées et disproportionnées». Pour lui, «il est inacceptable que les cantons alpins paient pour les distorsions du marché». Il argumente: «Nous n’avons pas à subventionner toutes les sociétés hydroélectriques sans distinction et sans conditions, alors que la moitié d’entre elles sont bénéficiaires.»

Il est inacceptable que les cantons alpins paient pour les distorsions du marché

Secrétaire général de la Conférence gouvernementale des cantons alpins, Fadri Ramming acquiesce: «Ce projet nécessite des corrections parce qu’il se fonde sur une hypothèse erronée et comporte des défauts de conception.» Pour l’avocat grison, «les problèmes de rentabilité des sociétés hydroélectriques ne sont pas dus à la redevance». Il insiste: «La Confédération ne participe pas à la résolution de ces problèmes, alors qu’elle considère l’énergie hydraulique comme le pilier central de la Stratégie énergétique 2050.»

Redevance flexible dès 2023

Pour le directeur de l’Association des entreprises électriques suisses, Michael Frank, au contraire, cette proposition «va dans la bonne direction». Pour les producteurs, cette mesure temporaire représente «un soulagement nécessaire» face aux difficultés financières, mais «elle ne résout en aucun cas la problématique de la réglementation de la redevance». 

Depuis des mois, les électriciens militent pour une flexibilisation des droits d’eau en fonction des recettes, une solution «équilibrée, équitable et d’avenir, tant pour les exploitants que pour la communauté».

Lire aussi: Michael Wider: «Le prix de l’électricité va augmenter à long terme»

Dans un second temps, justement, Doris Leuthard entend instaurer la flexibilisation de la redevance défendue par les producteurs. Dès 2023, elle prévoit de scinder les droits d’eau en deux parts, l’une fixe et l’autre variable en fonction du marché. La consultation ouverte ce jeudi porte sur ce principe. Le Conseil fédéral envisage 50 francs par kW pour le socle incompressible et il n’y aurait de part variable que si le prix de l’électricité excède les 4,5 centimes par kWh, contre moins de 4 aujourd’hui. Par ailleurs, les centrales qui bénéficient de contributions d’investissement pourraient être exonérées de redevance pour 10 ans.

Les collectivités publiques n’ont pas à financer les investissements de sociétés qui ne leur appartiennent pas

Cette dernière mesure étonne Roberto Schmidt: «Les collectivités publiques n’ont pas à financer les investissements de sociétés qui ne leur appartiennent pas.» Fadri Ramming s’agace: «Le socle de 50 francs par kW ne serait certainement pas acceptable pour les cantons de montagne.» Electriciens et ministres de l’Energie proposeront des prises de position détaillées avant la fin de la consultation, en octobre 2017. Au parlement, les cantons urbains et alpins se livreront ensuite un sérieux bras de fer, sur la base du modèle proposé par Doris Leuthard.

Lire aussi: En crise, les barrages suisses s’infligent une cure d’austérité

Publicité
Publicité

La dernière vidéo suisse

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

Le Conseil national a refusé de suivre l'avis du Conseil des Etats. Celui-ci voulait réduire de moitié la facture des nouveaux gilets de l'armée suisse. Il a été convaincu par les arguments du chef du DDPS, Guy Parmelin. La question reste donc en suspens.

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

n/a