Pour Maria van der Hoeven, directrice exécutive de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la politique énergétique et climatique de la Suisse est «un défi ambitieux». L’AIE a effectué son inspection quinquennale de la stratégie énergétique suisse. Son rapport a été publié et commenté mardi par la Néerlandaise.

Le mot «ambitieux» est un qualificatif diplomatique. Il signifie que l’AIE estime que la Suisse ne parviendra à concilier ses deux grands objectifs – sortir du nucléaire et diminuer les gaz à effet de serre – qu’au moyen de très grands efforts. D’un côté, on veut réduire les émissions de CO2 de 20% d’ici à 2020 par des mesures prises exclusivement sur le territoire national. De l’autre, on veut fermer les centrales nucléaires d’ici à 2034 environ et les remplacer par des énergies renouvelables.

Libéraliser le marché

Or, relève Maria van der Hoeven, la production d’électricité suisse provient en quasi-totalité de l’atome et de l’hydraulique, deux agents qui ne produisent pas de CO2. Le remplacement à court terme du nucléaire risque de nécessiter la construction de centrales à gaz qui, elles, laissent partir dans l’atmosphère de telles émissions. Le parlement a décidé que celles-ci ­devraient être compensées à 100% en Suisse. L’AIE s’en étonne, dans la mesure où les pays voisins participent tous au système européen d’échange de quotas d’émission. «L’obligation de compensation à l’intérieur du pays freine les investissements et diminue les options possibles pour remplacer l’électricité nucléaire en temps utile», avertit l’AIE.

La volonté de réduire les émissions de CO2 de 20% d’ici à 2020 pose un autre problème. C’est le trafic routier qui recèle le plus grand potentiel, constate Maria van der Hoeven. Mais le parlement a refusé d’étendre la taxe CO2 aux carburants; elle reste réservée aux combustibles. Que faire? La directrice de l’AIE invite Doris Leuthard à «réfléchir à un système de bonus-malus ou à examiner une hausse raisonnable des taxes sur les carburants».

Le conseil ne laisse pas la ministre suisse de l’Energie de marbre: «Le trafic doit contribuer davantage à la réduction du CO2, répond Doris Leuthard. Nous allons examiner une adaptation des taxes, tout en n’oubliant pas que, grâce à la technologie, la taxation des carburants rapporte moins car les véhicules consomment moins». Une telle mesure aurait l’avantage d’apporter plus d’argent pour financer les grands projets routiers, comme le Gothard bis.

L’AIE invite également la Suisse à libéraliser complètement son marché de l’électricité. Une première étape a été franchie en 2008. La seconde sera présentée d’ici à 2015, annonce Doris Leuthard. L’inspection européenne se préoccupe encore de la nécessaire rénovation du réseau de transport de l’électricité. «Il faudra des incitations pour investir dans le réseau et tout cela va coûter très cher», note Maria van der Hoeven, qui soutient la signature d’un accord Suisse-UE sur l’électricité.