Les prises de position sont, à de rares exceptions près, unanimes en Valais. Les autorités cantonales et communales, les représentants de l’économie, leurs collègues de l’agriculture et la quasi-totalité des partis politiques, tout le monde rejette l’initiative «Stopper le mitage», soumise à votation ce dimanche. Face à cette vague d’opposition, les Verts semblent bien seuls. Tout juste peuvent-ils compter sur leurs jeunesses et celles du Parti socialiste du Valais romand (PSVr).

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«La gestion économe du territoire est dans notre ADN politique et nous sommes les seuls à défendre cette vision de l’aménagement du territoire», souligne Jean-Pascal Fournier. Le rapport de force actuel, le président des Verts valaisans le connaît trop bien. En Valais, les dernières votations fédérales liées à ce thème ont, à chaque fois, ressemblé à des combats de David contre Goliath, que ce soit en 2012 pour la Lex Weber ou une année plus tard pour la loi sur l’aménagement du territoire (LAT). Le Vieux-Pays s’oppose à ces deux textes. Il est même le seul canton suisse à refuser la LAT, à plus de 80%.

Prise de conscience au sein de la population

Le Valais est le canton doté de la plus grande zone à bâtir proportionnellement au nombre d’habitants. Le oui du peuple suisse, dans les deux cas, remet à l’ordre le mauvais élève de la classe. Et le message semble passé. «Il y a eu une prise de conscience au sein de la population. Les discours évoluent. Beaucoup de gens reconnaissent désormais qu’on est allé trop loin par le passé», constate Jean-Pascal Fournier. L’acceptation de la révision de la loi cantonale sur l’aménagement du territoire par 73% des citoyens en mai 2017 corrobore ces propos.

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Les autorités cantonales ont également pris le taureau par les cornes. «Bien avant que la LAT ne soit votée», rappelle Damian Jerjen, le chef du Service cantonal du développement territorial. Sous l’impulsion de l’ancien conseiller d’Etat Jean-Michel Cina (PDC), le Valais a commencé à revoir ses instruments en matière d’aménagement du territoire en 2010. Il a intégré à sa stratégie les nouvelles exigences de la LAT et attend désormais que la Confédération valide son plan directeur cantonal, ce qui devrait être fait d’ici au mois d’avril.

Une solution spécifique au Valais

«Le travail de l’administration cantonale est assez bon», reconnaît Jean-Pascal Fournier. Le groupe des écologistes au parlement l’a d’ailleurs approuvé. Pour «faire passer la pilule», selon les mots du président des Verts valaisans, le canton a imaginé une solution qui lui est propre, afin de limiter le dézonage. L’objectif est de créer, à l’échelon communal, un périmètre d’urbanisation, qui définit les besoins des communes pour les trente prochaines années (voir encadré). «La solution que nous proposons permet de diminuer les effets négatifs de la LAT, tout en atteignant les objectifs fixés dans cette loi», assure Damian Jerjen.

Elle permet également de diminuer de moitié les hectares de terrain à dézoner. Sur les 3000 hectares de réserves de zones à bâtir dévolues à l’habitat que compte le Valais, 1080 seront dézonés. Et le travail a déjà commencé. «Dans notre canton, environ 90 communes sur 126 ont une zone à bâtir surdimensionnée, explique Damian Jerjen. Une demi-douzaine d’entre elles ont déjà revu cette surface à la baisse, pour un total de 300 à 400 hectares environ.» Près de la moitié de ces terrains se situant sur la commune de Nendaz.

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Pour la majorité des parcelles, il s’agit d’une «non mise en zone» et pas d’un dézonage. «Les plans d’affectation des zones (PAZ) de la majorité des communes concernées ne respectaient pas la LAT de 1980, leur travail leur a permis d’être en adéquation avec celle entrée en vigueur en 2014», se réjouit Damian Jerjen. Les autres communes ont jusqu’en 2026 pour réviser leur PAZ et réduire leur réserve de zone à bâtir.

«Le Valais n’a pas encore vaincu tous ses démons»

La politique valaisanne en termes d’aménagement du territoire semble donc se normaliser. Pour Jean-Pascal Fournier cela n’est pas suffisant. «Le Valais n’a pas encore vaincu tous ses démons. Les réserves de zones à bâtir ont été calculées avec de très hautes projections démographiques, qui ne seront certainement jamais vérifiées. Elles sont donc disproportionnées», fait-il remarquer.

Le président des Verts valaisans craint également que, malgré la LAT qui incite à la densification, certaines communes n’aient pas intégré la nouvelle donne et essaient de contourner les règles. «Il est nécessaire d’avoir un message clair. On ne peut pas continuer à gaspiller notre sol», appuie-t-il. Pour lui, l’initiative «Stopper le mitage» est la réponse idéale à ce problème.

Présidente du PSVr, qui contrairement au Parti socialiste suisse s’oppose au texte, Barbara Lanthemann demande du temps. «Cette initiative arrive trop tôt. Laissons la LAT se mettre en place et faire son œuvre. Il sera temps ensuite de juger. Si dans cinq ans on se rend compte que les règles ne sont pas respectées, un tel texte pourrait être utile.»


La spécificité valaisanne pour éviter de dézoner

Le périmètre d’urbanisation est la spécificité de la loi valaisanne sur l’aménagement du territoire. Il s’étendra sur plus de 12 000 hectares pour les zones à bâtir dévolues à l’habitat. Chaque commune devra en délimiter les contours, sur son territoire, en tenant compte de ses besoins pour les trois décennies à venir. Il comprendra les terrains déjà bâtis, ceux situés en zone à bâtir, qui répondent aux besoins des quinze prochaines années, et d’autres temporairement non constructibles, mais qui ne seront pas dézonés. Ces derniers pourraient potentiellement être utilisés comme zone à bâtir au bout de quinze ans, selon les besoins. «Cette solution a été imaginée pour éviter de dézoner des parcelles qui pourraient par la suite être remises en zone», explique Damian Jerjen.