Au terme d'un débat-marathon, les conseillers municipaux de la Ville de Genève ont accepté de financer le nouveau musée d'ethnographie, «L'esplanade des mondes». Le projet, devisé à 86 millions de francs, a été approuvé par une majorité constituée des socialistes, des Verts, de la plupart des élus de l'Alliance de gauche (AdG) et de quelques radicaux.

Les élus étaient très divisés. Seuls les Verts, les socialistes et la plupart des élus de l'AdG se déclaraient unanimement favorables au projet présenté, c'est-à-dire au musée et au bâtiment administratif, devisés à 94 millions de francs et financés par la Ville à hauteur de 73 millions.

Prenant la parole pour la première fois devant le parlement sur ce sujet, Alain Vaissade, patron de la Culture à Genève, a opéré une ouverture en direction des opposants en proposant une baisse de l'investissement de la Ville. «Sachant que nous pouvons compter sur plusieurs donations, je propose un amendement qui diminue de 10 millions de francs la participation de la municipalité, et augmente d'autant celle provenant des fonds extérieurs», a déclaré le maire de Genève. Ainsi, les apports extérieurs s'élèveraient à 31 millions de francs.

En effectuant cette proposition, Alain Vaissade a voulu faire un geste envers le Parti radical, afin de constituer une majorité en faveur du projet. Les radicaux, s'ils ne sont pas opposés au projet de musée en tant que tel, avaient émis de sérieuses réserves quant au montage financier. «La participation de la Ville est trop lourde», estimait notamment Michel Ducret. L'objectif d'Alain Vaissade a atteint sa cible, puisque sa proposition a été applaudie par les radicaux. Toutefois, elle a jeté le doute parmi certains élus acquis au projet. C'est le cas de Jean-Pierre Lyon, de l'AdG, qui craint qu'une rallonge budgétaire ne soit requise d'ici quelques années. L'amendement a été accepté.

Quant aux libéraux, démocrates-chrétiens et indépendants de l'AdG, ils sont demeurés farouchement opposés au choix du site, autant qu'au concept muséographique. Guy Mettan, démocrate-chrétien et journaliste, propose de «mettre le musée au cœur du quartier des organisations internationales. Organisons-y des spectacles multiculturels ou des démonstrations de gastronomie internationale.»

Jacques François, élu de l'Alliance de gauche, estime quant à lui que «ce musée n'est pas un jouet pour intellos, ni une vitrine à exposer les belles choses, mais un regard sur le monde et les peuples». Pierre Maudet, élu radical et benjamin des conseillers, estime que «le musée aidera les jeunes à trouver leur identité». Alain Vaissade rappelait aussi que «cela fait dix-huit ans que la Ville s'intéresse à construire un nouveau musée. Il n'est plus possible de reporter notre choix. Rappelez-vous que cette année, le musée d'ethnographie de Genève fête son centenaire.» Et l'élu socialiste, Roman Juon, de se demander: «Où est l'esprit de Genève? Aujourd'hui, on ne construit plus rien de grand dans cette ville.»