Editorial

Réenchanter les Fêtes de Genève

Il y a ceux qui aiment, ceux qui détestent, ceux qui adorent détester et, surtout, tous ceux qui aimeraient adorer. Chaque année au cœur de l’été, les Fêtes de Genève déploient leurs décibels et leurs manèges sur le pourtour de la Rade, la plus belle du monde vous diront tous les Genevois. Train fantôme, catapultes à gogo, bars à mojitos, vendeurs de ballons: tout ce petit monde prend mécaniquement ses quartiers pour dix ou vingt-cinq jours, sous la houlette de Genève Tourisme qui copie-colle son affaire d’un mois de juillet à l’autre.

Les plus enthousiastes émettront quelques nuances. Ils signaleront que la programmation musicale s’est améliorée, que le Luminarium est une réussite. Ils remarqueront qu’aux Bains des Pâquis les aubes musicales ont trouvé leur public. Ils rappelleront surtout que l’on vient de très loin à la ronde pour admirer le feu d’artifice de clôture, objectivement grandiose. Ils auront raison et pourront s’appuyer sur quelques indicateurs brandis à l’envi par les organisateurs: une grosse fréquentation, des retombées économiques indéniables.

Reste que Genève, ville internationale, ville de culture, deuxième ville du pays, mérite autre chose qu’un patchwork multicolore et inabouti, posé comme un emplâtre sur des appétits de grandeur, de faste et de féerie. Rassembler les Genève qui s’ignorent, donner à voir, à penser, à rêver, sublimer un site unique, explorer ses particularismes et ses recoins secrets, partir à la rencontre de ses habitants, les bousculer, les émerveiller: voilà le cahier des charges qui doit attendre les futurs organisateurs.

Le renouveau passera par l’ouverture et la curiosité. Par l’audace aussi, celle d’éclater au sens propre des fêtes jusqu’ici confinées dans un espace-temps infertile. Pourquoi ne l’a-t-on toujours pas fait? On aurait tort de crucifier le directeur qui s’en va. Christian Colquhoun avait une mission, il l’a remplie, tant bien que mal. C’est la mission qu’il faut revoir. La balle est dans le camp du politique et de Genève Tourisme. Plus que jamais.

La Ville de Genève veut réenchanter les Fêtes? Qu’elle s’en donne les moyens, qu’elle lâche du lest, qu’elle ose, qu’elle gouverne plutôt que de déclarer, le doigt en l’air ou les mains dans les poches, que les Fêtes «sentent la naphtaline». Les stratèges genevois du tourisme veulent «faire évoluer le concept»? Qu’ils cessent de confondre engouement populaire et taux de remplissage hôtelier. Ou alors qu’ils disent une bonne fois pour toutes que les Fêtes n’ont de Genève que le nom. Ce serait triste, mais ça aurait le mérite d’être clair.