Surfant sur deux succès, ne doutant pas de sa force, la Chambre immobilière genevoise s'attaque aujourd'hui à la taxation des sociétés immobilières. L'affaire est loin d'être gagnée, et ce référendum risque bien d'être le référendum de trop.

Tout d'abord, il faudra trouver les signatures nécessaires d'ici au 9 août prochain et la torpeur de l'été n'est guère propice aux cueillettes d'autographes. Ensuite, les sociétés immobilières n'ont sans doute pas la pureté morale de la propriété en nom. A raison plus qu'à tort, elles ont souvent été constituées pour d'opaques motifs, notamment pour contourner des dispositions fiscales ou l'impossibilité pour les étrangers d'acquérir des biens immobiliers. Il n'est pas certain que les propriétaires traditionnels témoignent une solidarité active et déterminée à leur égard. En 1998, les affiches s'opposant aux hausses des impôts immobiliers montraient une personne âgée craignant pour sa maison ou un jeune couple souhaitant s'offrir un toit. Il sera assurément difficile de réutiliser ces symboles pour voler au secours des sociétés immobilières…

De plus, la Confédération, consciente de l'inadaptation réelle et fiscale de la société immobilière, a souhaité en encourager la dissolution par le biais d'avantages en impôts. Depuis 1995, 1317 des 4531 sociétés immobilières genevoises ont été liquidées, et près d'un millier d'autres ont contacté l'administration fiscale dans ce but. C'est autant de personnes en moins concernées par le sort de ce référendum.

Enfin, relevons au passage que si le sujet avait tant d'importance, les milieux immobiliers auraient pu faire le rappel de leurs troupes. Six députés qui en sont proches, et qui ont été élus avec leur généreux soutien, avaient mieux à faire au moment du vote de la loi. La présence de la moitié d'entre eux aurait suffi à la faire échouer…

Fr. L.