Personne ou presque ne les avait vu venir. Les adversaires des documents d'identité biométriques auront été d'une remarquable discrétion. Durant tout l'été, la récolte des signatures contre l'introduction définitive en Suisse de cette nouvelle technologie, qui inquiète les spécialistes de la protection des données, est passée quasiment inaperçue. Elle n'en a pas moins permis aux auteurs du référendum d'engranger 55 000 paraphes au moins, et de les déposer mercredi, dernier jour du délai, auprès de la Chancellerie fédérale. Celle-ci doit encore les valider et constater l'aboutissement du référendum, mais la marge devrait être suffisante.

Adaptation à Schengen

Les Suisses devront donc très vraisemblablement voter sur l'introduction définitive du passeport et de la carte d'identité biométriques, approuvée par le parlement en juin dernier à titre d'adaptation de la législation suisse aux développements imposés par les accords de Schengen avec l'Union européenne (UE). «C'est la première fois dans le monde que les citoyens se prononceront sur ce sujet», se réjouit le conseiller national Josef Zisyadis (POP/VD).

Les dispositions votées par les Chambres prévoient qu'à terme les passeports aussi bien que les cartes d'identité seront dotés d'une puce électronique contenant, outre le nom et la date de naissance, une photo et les empreintes digitales du titulaire. La participation de la Suisse aux accords européens de Schengen lui imposait certes de passer aux passeports biométriques. Les Chambres auraient pu laisser subsister en parallèle les cartes d'identité traditionnelles, utilisées par une grande partie de la population dans de nombreuses activités quotidiennes, à la banque ou au guichet de poste, ou pour se déplacer dans des pays limitrophes. Mais le parlement a suivi le Conseil fédéral et fait droit à une revendication de la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police: la biométrie est probablement l'avenir des documents d'identité, autant donc prendre les devants, a estimé la majorité.

Mais c'est bien la généralisation de la technique biométrique à l'ensemble des documents d'identité qui fournit aux référendaires l'un de leurs arguments les plus forts. «Le fichage de la quasi-totalité de la population suisse est programmé», avertit Benoît Gaillard, porte-parole romand du comité référendaire et membre du bureau des Jeunesses socialistes vaudoises.

Comme les données des passeports actuels, celles des passeports biométriques seront en effet enregistrées dans un fichier centralisé. Y compris, donc, les empreintes digitales. «Il est piquant de rappeler que ce sont celles de criminels qu'on enregistre d'ordinaire», lance Benoît Gaillard.

L'opposition rassemble une coalition hétéroclite où l'on trouve pêle-mêle le POP vaudois, des parlementaires fédéraux tels que l'écologiste vaudois Luc Recordon, le socialiste genevois Carlo Sommaruga et l'UDC jurassien Dominique Baettig, les Démocrates suisses, et jusqu'aux animateurs de mouvements libertaires de droite présents surtout en Suisse alémanique, mais très discrets, et qui semblent avoir été parmi les premiers à vouloir lancer le référendum.

Leur argumentaire varie en fonction de la coloration politique propre à chacun d'eux. Avant tout anti-européennes chez les UDC et les Démocrates suisses, «droit de l'hommistes» à gauche, les critiques portent sur ces deux points.