Le référendum contre la reconduction et l'extension de la libre circulation des personnes semble bien avoir abouti, avec 51189 signatures déposées jeudi à Berne, sous réserve des vérifications que doit encore opérer la Chancellerie fédérale, d'ici à dimanche soir. Il est très probable que le peuple sera effectivement appelé à voter le 8 février prochain, date d'ores et déjà retenue pour un scrutin. Une légère incertitude demeure néanmoins, dans la mesure où, avec une marge de moins de 1 200 signatures par rapport au minimum, on se trouve à la limite de la zone grise dans laquelle on ne peut totalement exclure une surprise, le nombre de signatures non valables pouvant s'avérer important.

Les Démocrates suisses, à l'origine de la démarche, ont recueilli, malgré un appareil extrêmement modeste, plus de 13000 signatures et la Lega tessinoise tout autant, dans le canton qui demeure le plus réticent face aux accords bilatéraux. Les Jeunes UDC, en rébellion contre la direction du parti, ont dépassé leur objectif fixé à 20000 signatures en en récoltant 22377, malgré l'obstruction totale du parti suisse et de l'ASIN. A cela s'ajoutent quelques poignées de signatures d'autres provenances.

Un deuxième affront

Christoph Blocher, qui avait déjà été critiqué sévèrement - de façon totalement inédite - au sein du groupe parlementaire UDC mardi, encaisse un deuxième affront en l'espace de deux jours. Après que le parti eut annoncé le lancement d'un référendum, c'est lui-même, en effet, qui avait changé d'avis, convaincu la direction du parti de le suivre et contraint la base à s'aligner bon gré mal gré. De très mauvais gré pour les jeunes du parti, qui ont bravé l'autorité de leur patriarche et chef spirituel, suivis par quelques sections cantonales. L'UDC a annoncé jeudi soir que ses délégués adopteront leur consigne de vote lors d'une prochaine assemblée. La direction du parti, qui continue à parler de farce dans un communiqué, va ainsi devoir affronter la situation qu'elle avait tout fait pour éviter.

Les référendaires ont trouvé les partisans de la libre circulation des personnes en ordre de bataille. Les radicaux, les démocrates-chrétiens, les socialistes, les Verts, les Verts libéraux, les libéraux, les évangéliques, les Bourgeois démocrates et les organisations de jeunesse ont signé jeudi une déclaration affirmant leur préoccupation commune de se battre, chacun avec ses arguments propres, en faveur de la reconduction et de l'extension de l'accord sur la libre circulation des personnes. Le mot d'ordre est le soutien aux accords bilatéraux, qui ont permis à la Suisse de retrouver le chemin de la croissance.

L'aboutissement d'un référendum place l'UDC dans l'inconfortable situation de devoir dire soit non aux accords bilatéraux, soit oui à la libre circulation avec la Bulgarie et la Roumanie, ou encore recommander l'abstention ou le vote blanc. C'est bien le but que visait la manœuvre tactique, qui avait motivé une partie, mais une partie seulement, de ceux qui ont obtenu de réunir en seul objet la reconduction et l'extension de la libre circulation. On n'observait malgré tout guère de triomphalisme jeudi dans les coulisses des Chambres fédérales.

Un peu moins facile

Une grande partie des élus de gauche, du centre et de droite est certes satisfaite de pouvoir affronter une fois de plus l'UDC sur un objet de politique européenne. Et par là même, de confirmer encore une fois le soutien populaire à la voie bilatérale. Tout est prêt par ailleurs, et economiesuisse, pour laquelle ce scrutin est vital, ne lésine pas sur les moyens. Toutefois, la crise financière et l'inquiétude qu'elle suscite au sein de la population rendront peut-être la tâche un peu moins facile que prévu. Et la perspective qui avait fini par s'imposer d'un échec du référendum avait conduit de larges milieux à la conviction qu'il n'était pas plus mal de faire l'économie de l'exercice.